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corrigé ()
Il se peut que
je m'agace,
aujourd'hui,
parce que le mot
"amour" ou tel
autre ne rend
pas compte de
tel sentiment.
Mais qu'est-ce
que cela
signifie : (...)
A la fois que
rien n'existe
qui n'exige un
nom, ne puisse
en recevoir un
et ne soit,
même,
négativement
nommé par la
carence du
langage. Et, à
la fois, que la
nomination dans
son principe
même est un art
: rien n'est
donné sinon
cette exigence;
"on ne nous a
rien promis" dit
Alain. Pas même
que nous
trouverions les
phrases
adéquates. Le
sentiment parle
: il dit qu'il
existe, qu'on
l'a faussement
nommé, qu'il se
développe mal et
de travers,
qu'il réclame un
autre signe ou à
son défaut un
symbole qu'il
puisse
s'incorporer et
qui corrigera sa
déviation
intérieure; il
faut chercher :
le langage dit
seulement qu'on
peut tout
inventer en lui,
que l'expression
est toujours
possible,
fut-elle
indirecte, parce
que la totalité
verbale, au lieu
de se réduire,
comme on croit,
au nombre fini
des mots qu'on
trouve dans le
dictionnaire, se
compose des
différenciations
infinies entre
eux, en chacun
d'eux - qui,
seules, les
actualisent.
Cela veut dire
que l'invention
caractérise la
parole : on
inventera si les
conditions sont
favorables;
sinon l'on vivra
mal des
expériences mal
nommées. Non :
rien n'est
promis, mais on
peut dire en
tout cas qu'il
ne peut y avoir
a priori
d'inadéquation
radicale du
langage à son
objet par cette
raison que le
sentiment est
discours et le
discours
sentiment.
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Si vraiment
l'existence
précède
l'essence,
l'homme est
responsable de
ce qu'il est.
Ainsi, la
première
démarche de
l'existentialisme
est de mettre
tout l'homme en
possession de ce
qu'il est et de
faire reposer
sur lui la
responsabilité
totale de son
existence. Et,
quand nous
disons que
l'homme est
responsable de
lui-même, nous
ne voulons pas
dire que l'homme
est responsable
de sa stricte
individualité,
mais qu'il est
responsable de
tous les hommes.
Il y a deux sens
au mot
subjectivisme,
et nos
adversaires
jouent sur ces
deux sens.
Subjectivisme
veut dire d'une
part choix du
sujet individuel
par lui-même,
et, d'autre
part,
impossibilité
pour l'homme de
dépasser la
subjectivité
humaine. C'est
le second sens
qui est le sens
profond de
l'existentialisme.
Quand nous
disons que
l'homme se
choisit, nous
entendons que
chacun d'entre
nous se choisit,
mais par là nous
voulons dire
aussi qu'en se
choisissant il
choisit tous les
hommes. En
effet, il n'est
pas un de nos
actes qui, en
créant l'homme
que nous voulons
être, ne crée en
même temps une
image de l'homme
tel que nous
estimons qu'il
doit être.
Choisir d'être
ceci ou cela,
c'est affirmer
en même temps la
valeur de ce que
nous
choisissons, car
nous ne pouvons
jamais choisir
le mal ; ce que
nous
choisissons,
c'est toujours
le bien, et rien
ne peut être bon
pour nous sans
l'être pour
tous. Si
l'existence,
d'autre part,
précède
l'essence et que
nous voulions
exister en même
temps que nous
façonnons notre
image, cette
image est
valable pour
tous et pour
notre époque
tout entière.
Ainsi, notre
responsabilité
est beaucoup
plus grande que
nous pourrions
le supposer, car
elle engage
l'humanité
entière.
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(21) (20)
Dostoïevski
avait écrit :
"Si Dieu
n'existait pas,
tout serait
permis." C'est
là le point de
départ de
l'existentialisme.
En effet, tout
est permis si
Dieu n'existe
pas, et par
conséquent
l'homme est
délaissé, parce
qu'il ne trouve
ni en lui ni
hors de lui une
possibilité de
s'accrocher. Il
ne trouve
d'abord pas
d'excuses. Si,
en effet,
l'existence
précède
l'essence, on ne
pourra jamais
expliquer par
référence à une
nature humaine
donnée et figée
; autrement dit,
il n'y a pas de
déterminisme,
l'homme est
libre, l'homme
est liberté. Si,
d'autre part,
Dieu n'existe
pas, nous ne
trouvons pas en
face de nous des
valeurs ou des
ordres qui
légitimeront
notre conduite.
Ainsi, nous
n'avons ni
derrière nous ni
devant nous,
dans le domaine
lumineux des
valeurs, des
justifications
ou des excuses.
Nous sommes
seuls, sans
excuses. C'est
ce que
j'exprimerai en
disant que
l'homme est
condamné à être
libre. Condamné,
parce qu'il ne
s' est pas créé
lui-même, et par
ailleurs
cependant libre,
parce qu'une
fois jeté dans
le monde, il est
responsable de
tout ce qu'il
fait. [...]
L'existentialisme
[...] pense donc
que l'homme,
sans aucun appui
et sans aucun
secours, est
condamné à
chaque instant à
inventer
l'homme. Ponge a
dit, dans un
très bel article
: "L'homme est
l'avenir de
l'homme." C'est
parfaitement
exact.
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(6)
Autrui, en
figeant mes
possibilités, me
révèle
l'impossibilité
où je suis
d'être objet,
sinon pour une
autre liberté.
Je ne puis être
objet pour
moi-même car je
suis ce que je
suis; livré à
ses seules
ressources,
l'effort
réflexif vers le
dédoublement
aboutit à
l'échec, je suis
toujours
ressaisi par
moi. Et lorsque
je pose
naïvement qu'il
est possible que
je sois, sans
m'en rendre
compte, un être
objectif, je
suppose
implicitement
par là même
l'existence
d'autrui. Car
comment
serais-je objet
si ce n'est pour
un sujet? Ainsi
autrui est
d'abord l'être
pour qui je suis
objet,
c'est-à-dire
l'être par qui
je gagne mon
objectivité. Si
je dois
seulement
pouvoir
concevoir une de
mes propriétés
sur le mode
objectif, autrui
est déjà donné.
Et il est donné
non comme être
de mon univers,
mais comme sujet
pur. Ainsi ce
sujet pur que je
ne puis, par
définition,
connaître,
c'est-à-dire
poser comme
objet, il est
toujours là hors
de portée et
sans distance
lorsque j'essaie
de me saisir
comme objet. Et
dans l'épreuve
du regard, en
m'éprouvant
comme
objectivité non
révélée,
j'éprouve
directement et
avec mon être
l'insaisissable
subjectivité
d'autrui.
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(18)
Il arrive qu'un
asservissement
total de l'être
aimé tue l'amour
de l'amant. Le
but est dépassé
: l'amant se
retrouve seul si
l'aimé s'est
transformé en
automate. Ainsi
l'amant ne
désire t il pas
posséder l'aimé
comme on possède
une chose ; il
réclame un type
spécial
d'appropriation.
Il veut posséder
une liberté
comme liberté.
Mais, d'autre
part, il ne
saurait se
satisfaire de
cette forme
éminente de la
liberté qu'est
l'engagement
libre et
volontaire. Qui
se contenterait
d'un amour qui
se donnerait
comme pure
fidélité à la
foi jurée ? Qui
donc accepterait
de s'entendre
dire : « je vous
aime parce que
je me suis
librement engagé
à vous aimer et
que je ne veux
pas me dédire ;
je vous aime par
fidélité à moi
même » ? Ainsi
l'amant demande
le serment et
s'irrite du
serment. Il veut
être aimé par
une liberté et
réclame que
cette liberté
comme liberté ne
soit plus libre.
Il veut à la
fois que la
liberté de
l'Autre se
détermine elle
même à devenir
amour et cela,
non point
seulement au
commencement de
l'aventure mais
à chaque instant
et, à la fois,
que cette
liberté soit
captivée par
elle même,
qu'elle se
retourne sur
elle même, comme
dans la folie,
comme dans le
rêve, pour
vouloir sa
captivité. Et
cette captivité
doit être
démission libre
et enchaînée à
la fois entre
nos mains. Ce
n’est pas le
déterminisme
passionnel que
nous désirons
chez autrui,
dans l'amour, ni
une liberté hors
d'atteinte, mais
c'est une
liberté qui joue
le déterminisme
passionnel et
qui se prend à
son jeu.
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(28)
J'ai honte de ce
que je suis. La
honte réalise
donc une
relation intime
de moi avec moi
: j’ai découvert
par la honte un
aspect de mon
être. Et
pourtant, bien
que certaines
formes complexes
et dérivées de
la honte
puissent
apparaître sur
le plan
réflexif, la
honte n’est pas
originellement
un phénomène de
réflexion. En
effet, quels que
soient les
résultats que
l’on puisse
obtenir dans la
solitude par la
pratique
religieuse de la
honte, la honte
dans sa
structure
première est
honte devant
quelqu’un. Je
viens de faire
un geste
maladroit ou
vulgaire : ce
geste colle à
moi, je ne le
juge ni ne le
blâme, je le vis
simplement, je
le réalise sur
le mode du
pour-soi. Mais
voici tout à
coup que je lève
la tête :
quelqu’un était
là et m’a vu. Je
réalise tout à
coup la
vulgarité de mon
geste et j’ai
honte. Il est
certain que ma
honte n’est pas
réflexive, car
la présence
d’autrui à ma
conscience,
fût-ce à la
manière d’un
catalyseur, est
incompatible
avec l’attitude
réflexive : dans
le champ de ma
réflexion, je ne
puis jamais
rencontrer que
la conscience
qui est mienne.
Or autrui est le
médiateur
indispensable
entre moi et
moi-même : j’ai
honte de moi tel
que j’apparais à
autrui. Et, par
l’apparition
même d’autrui,
je suis mis en
mesure de porter
un jugement sur
moi-même comme
sur un objet,
car c’est comme
objet que
j’apparais à
autrui. Mais
pourtant cet
objet apparu à
autrui, ce n’est
pas une vaine
image dans
l’esprit d’un
autre. Cette
image en effet
serait
entièrement
imputable à
autrui et ne
saurait me «
toucher ». Je
pourrais
ressentir de
l’agacement, de
la colère en
face d’elle,
comme devant un
mauvais portrait
de moi, qui me
prête une
laideur ou une
bassesse
d’expression que
je n’ai pas ;
mais je ne
saurais être
atteint
jusqu’aux
moelles : la
honte est, par
nature,
reconnaissance.
Je reconnais que
je suis comme
autrui me voit.
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(22) ()
Tout
matérialisme a
pour effet de
traiter tous les
hommes y compris
soi-même comme
des objets,
c’est-à-dire
comme un
ensemble de
réactions
déterminées, que
rien ne
distingue de
l’ensemble des
qualités et des
phénomènes qui
constituent une
table ou une
chaise ou une
pierre. Nous
voulons
constituer
précisément le
règne humain
comme un
ensemble de
valeurs
distinctes du
règne matériel.
Mais la
subjectivité que
nous atteignons
là à titre de
vérité n’est pas
une subjectivité
rigoureusement
individuelle,
car nous avons
démontré que
dans le cogito,
on ne se
découvrait pas
seulement
soi-même, mais
aussi les
autres. Par le
je pense,
contrairement à
la philosophie
de Descartes,
contrairement à
la philosophie
de Kant, nous
nous atteignons
nous-mêmes en
face de l’autre,
et l’autre est
aussi certain
pour nous que
nous-mêmes.
Ainsi, l’homme
qui s’atteint
directement par
le cogito
découvre aussi
tous les autres,
et il les
découvre comme
la condition de
son existence.
Il se rend
compte qu’il ne
peut rien être
(au sens où on
dit qu’on est
spirituel, ou
qu’on est
méchant, ou
qu’on est
jaloux) sauf si
les autres le
reconnaissent
comme tel. Pour
obtenir une
vérité
quelconque sur
moi, il faut que
je passe par
l’autre. L’autre
est
indispensable à
mon existence,
aussi bien
d’ailleurs qu’à
la connaissance
que j’ai de moi.
Dans ces
conditions, la
découverte de
mon intimité me
découvre en même
temps l’autre,
comme une
liberté posée en
face de moi, qui
ne pense, et qui
ne veut que pour
ou contre moi.
Ainsi
découvrons-nous
tout de suite un
monde que nous
appellerons
l’intersubjectivité,
et c’est dans ce
monde que
l’homme décide
ce qu’il est et
ce que sont les
autres.
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(6)
Les poètes sont
des hommes qui
refusent
d'utiliser le
langage. Or,
comme c'est dans
et par le
langage conçu
comme une
certaine espèce
d'instrument que
s'opère la
recherche de la
vérité, il ne
faut pas
s'imaginer
qu'ils visent le
vrai ni à
l'exposer. Ils
ne songent pas
non plus à
nommer le monde
et, par le fait,
ils ne nomment
rien du tout,
car la
nomination
implique un
perpétuel
sacrifice du nom
à l'objet nommé
ou, pour parler
comme Hegel, le
nom s'y révèle
l'inessentiel,
en face de la
chose qui est
essentielle. Ils
ne parlent pas,
ils ne se
taisent pas non
plus : c'est
autre chose.
[...]
En fait, le
poète s'est
retiré d'un seul
coup du
langage-instrument;
il a choisi une
fois pour toutes
l'attitude
poétique qui
considère les
mots comme des
choses et non
comme des
signes. Car
l'ambiguïté du
signe implique
qu'on puisse à
son gré le
traverser comme
une vitre et
poursuivre à
travers lui la
chose signifiée
ou tourner son
regard vers sa
réalité et le
considérer comme
un objet.
L'homme qui
parle est
au-delà des
mots, près de
l'objet; le
poète est en
deçà. Pour le
premier, ils
sont
domestiques;
pour le second,
ils sont à
l'état sauvage,
ce sont des
choses
naturelles qui
croissent
naturellement
sur la terre
comme l'herbe et
les arbres.
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(9)
L'homme, en
période
d'exploitation,
est à la fois le
produit de son
propre produit
et un agent
historique qui
ne peut en aucun
cas passer pour
un produit... le
mouvement de la
praxis humaine
les dépasse en
les conservant.
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()
Imaginons que
j’en sois venu,
par jalousie,
par intérêt, à
coller mon
oreille contre
une porte, à
regarder par le
trou d’une
serrure. Je suis
seul […] Cela
signifie d’abord
qu’il n’y a pas
de moi pour
habiter ma
conscience. Rien
donc, à quoi je
puisse rapporter
mes actes pour
les qualifier.
Ils ne sont
nullement
connus, mais je
les suis et, de
ce seul fait,
ils portent en
eux-mêmes leur
totale
justification.
Je suis pure
conscience des
choses […]. Cela
signifie que,
derrière cette
porte, un
spectacle se
propose comme «
à voir », une
conversation
comme « à
entendre ». La
porte, la
serrure sont à
la fois des
instruments et
des obstacles :
ils se
présentent comme
« à manier avec
précaution » ;
la serrure se
donne comme « à
regarder de près
et un peu de
côté », etc. Dès
lors « je fais
ce que j’ai à
faire » ; aucune
vue
transcendante ne
vient conférer à
mes actions un
caractère de
donné sur quoi
puisse s’exercer
un jugement : ma
conscience colle
à mes actes,
elle est mes
actes ; ils sont
seulement
commandés par
les fins à
atteindre et par
les instruments
à employer. Mon
attitude, par
exemple, n’a
aucun « dehors
», elle est pure
mise en rapport
de l’instrument
(trou de la
serrure) avec la
fin à atteindre
(spectacle à
voir), pure
manière de me
perdre dans le
monde, de me
faire boire par
les choses comme
l’encre par un
buvard […].
Or voici que
j’ai entendu des
pas dans le
corridor : on me
regarde.
Qu’est-ce que
cela veut dire ?
C’est que je
suis soudain
atteint dans mon
être et que des
modifications
essentielles
apparaissent
dans mes
structures […].
D’abord, voici
que j’existe en
tant que moi
pour ma
conscience
irréfléchie.
C’est même cette
irruption du moi
qu’on a le plus
souvent décrite
: je me vois
parce qu’on me
voit, a-t-on pu
écrire […] ;
pour l’autre je
suis penché sur
le trou de la
serrure, comme
cet arbre est
incliné par le
vent. […] S’il y
a un Autre, quel
qu’il soit, où
qu’il soit,
quels que soient
ses rapports
avec moi, sans
même qu’il
agisse autrement
sur moi que par
le pur
surgissement de
son être, j’ai
un dehors, j’ai
une nature ; ma
chute originelle
c’est
l’existence de
l’autre. »
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(21)
Et comme il faut
assumer
nécessairement
pour changer, le
refus romantique
de la maladie
par le malade
est totalement
inefficace.
Ainsi y a-t-il
du vrai dans la
morale qui met
la grandeur de
l’homme dans
l’acceptation de
l’inévitable et
du destin. Mais
elle est
incomplète car
il ne faut
l’assumer que
pour la changer.
Il ne s’agit pas
d’adopter sa
maladie, de s’y
installer mais
de la vivre
selon les normes
pour demeurer
homme. Ainsi ma
liberté est
condamnation
parce que je ne
suis pas libre
d’être ou de
n’être pas
malade et la
maladie me vient
du dehors ; elle
n’est pas de
moi, elle ne me
concerne pas,
elle n’est pas
ma faute. Mais
comme je suis
libre, je suis
contraint par ma
liberté de la
faire mienne, de
la faire mon
horizon, ma
perspective, ma
moralité, etc.
Je suis
perpétuellement
condamné à
vouloir ce que
je n’ai pas
voulu, à ne plus
vouloir ce que
j’ai voulu, à me
reconstruire
dans l’unité
d’une vie en
présence des
destructions que
m’inflige
l’extérieur […].
Ainsi suis-je
sans repos :
toujours
transformé,
miné, laminé,
ruiné du dehors
et toujours
libre, toujours
obligé de
reprendre à mon
compte, de
prendre la
responsabilité
de ce dont je ne
suis pas
responsable.
Totalement
déterminé et
totalement
libre. Obligé
d’assumer ce
déterminisme
pour poser
au-delà les buts
de ma liberté,
de faire de ce
déterminisme un
engagement de
plus.
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(1)
Quand je perçois
une chaise il
serait absurde
de dire que la
chaise est dans
ma perception.
Ma perception
est... une
certaine
conscience et la
chaise est
l'objet de cette
conscience. A
présent, je
ferme les
yeux... La
chaise en se
donnant
maintenant en
image ne saurait
pas plus
qu'auparavant
entrer dans la
conscience. En
réalité que
j'imagine cette
chaise de paille
sur laquelle je
suis assis, elle
demeure toujours
hors de la
conscience...
Que je perçoive
ou que j'imagine
cette chaise
l'objet de ma
perception et
celui de mon
image sont
identiques...
Simplement la
conscience se
rapporte à cette
même chaise de
deux manières
différentes...
Le mot d'image
ne saurait donc
désigner...
qu'une certaine
façon qu'a la
conscience de se
donner un objet.
A vrai dire
l'expression
d'image mentale
prête à
confusion...
Comme le mot «
image a pour lui
ses longs états
de service nous
ne pouvons pas
le rejeter
complètement.
Mais pour éviter
toute ambiguïté,
nous rappelons
ici qu'une image
n'est rien
d'autre qu'un
rapport. La
conscience
imageante que
j'ai de Pierre
n'est pas
conscience de
l'image de
Pierre : Pierre
est directement
atteint, mon
attention n'est
pas dirigée sur
une image mais
sur un objet...
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(23)
L'homme est
condamné à être
libre...
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(9) (16) ()
La signification
du passé est
étroitement
dépendante de
mon projet
présent. Cela ne
signifie
nullement que je
puis faire
varier au gré de
mes caprices le
sens de mes
actes
antérieurs;
mais, bien au
contraire, que
le projet
fondamental que
je suis décide
absolument de la
signification
que peut avoir
pour moi et pour
les autres le
passé que j’ai à
être. Moi seul
en effet peux
décider à chaque
moment de la
portée du passé:
non pas en
discutant, en
délibérant et en
appréciant en
chaque cas
l’importance de
tel ou tel
événement
antérieur, mais
en me «
pro-jetant »
vers mes buts,
je sauve le
passé avec moi
et je décide par
l’action de sa
signification.
Cette crise
mystique de ma
quinzième année,
qui décidera si
elle « a été »
pur accident de
puberté ou au
contraire
premier signe
d’une conversion
future? Moi,
selon que je
déciderai - à
vingt ans, à
trente ans - de
me convertir. Le
projet de
conversion
confère d’un
seul coup à une
crise
d’adolescence la
valeur d’une
prémonition que
je n’avais pas
prise au
sérieux. Qui
décidera si le
séjour en prison
que j’ai fait,
après un vol, a
été fructueux ou
déplorable? Moi,
selon que je
renonce à voler
ou que je
m’endurcis. Qui
peut décider de
la valeur
d’enseignement
d’un voyage, de
la sincérité
d’un serment
d’amour, de la
pureté d’une
intention
passée, etc. ?
C’est moi,
toujours moi,
selon les fins
par lesquelles
je les éclaire.
-
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(14)
Par le je pense,
contrairement à
la philosophie
de Descartes,
contrairement à
la philosophie
de Kant, nous
nous atteignons
nous-mêmes en
face de l'autre,
et l'autre est
aussi certain
pour nous que
nous-mêmes.
Ainsi l'homme
qui s'atteint
directement par
le cogito
découvre aussi
tous les autres
et il les
découvre comme
la condition de
son existence.
Il se rend
compte qu'il ne
peut rien être
(au sens où on
dit qu'on est
spirituel ou
qu'on est
méchant, ou
qu'on est
jaloux) sauf si
les autres le
reconnaissent
comme tel. Pour
obtenir une
vérité
quelconque sur
moi, il faut que
je passe par
l'autre. L'autre
est
indispensable à
mon existence,
aussi bien
d'ailleurs qu'à
la connaissance
que j'ai de moi.
Dans ces
conditions, la
découverte de
mon intimité me
découvre en même
temps l'autre,
comme une
liberté posée en
face de moi, qui
ne pense et qui
ne veut que pour
ou contre moi.
Ainsi,
découvrons-nous
tout de suite un
monde que nous
appellerons
l'intersubjectivité
et c'est dans ce
monde que
l'homme décide
ce qu'il est et
ce que sont les
autres.
En outre, s'il
est impossible
de trouver en
chaque homme une
essence
universelle qui
serait la nature
humaine, il
existe pourtant
une universalité
humaine de
condition. Ce
n'est pas par
hasard que les
personnes
d'aujourd'hui
parlent plus
volontiers de la
condition de
l'homme que de
sa nature. Par
condition ils
entendent avec
plus ou moins de
clarté
l'ensemble des
limites a priori
qui esquissent
sa situation
fondamentale
dans l'univers.
Les situations
historiques
varient :
l'homme peut
naître esclave
dans une société
païenne ou
seigneur féodal
ou prolétaire.
Ce qui ne varie
pas, c'est la
nécessité pour
lui d'être dans
le monde, d'y
être au travail,
d'y être au
milieu des
autres et d'y
être mortel.
(...) En
conséquence,
tout projet,
quelque
individuel qu'il
soit a une
valeur
universelle.
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(23)
Ma chute
originelle,
c'est
l'existence de
l'autre...
-
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(10)
Je regarde cette
feuille blanche,
posée sur ma
table; je
perçois sa
forme, sa
couleur, sa
position. Ces
différentes
qualités ont des
caractéristiques
communes :
d'abord elles se
donnent à mon
regard comme des
existences que
je puis
seulement
constater et
dont l'être ne
dépend
aucunement de
mon caprice.
Elles sont pour
moi, elles ne
sont pas moi
(...) Elles sont
présentes et
inertes à la
fois. Cette
inertie du
contenu
sensible, qu'on
a souvent
décrite, c'est
l'existence en
soi (...) Ce qui
est certain,
c'est que le
blanc que je
constate, ce
n'est certes pas
ma spontanéité
qui peut le
produire. Cette
forme inerte
(...) que l'on
doit observer,
apprendre peu à
peu, c'est ce
qu'on appelle
une chose. En
aucun cas, ma
conscience ne
saurait être une
chose, parce que
sa façon d'être
en soi est
précisément un
être pour soi.
Exister, pour
elle, c'est
avoir conscience
de son
existence. Elle
apparaît comme
une pure
spontanéité, en
face du monde
des choses qui
est pure
inertie- Nous
pouvons donc
poser dès
l'origine deux
types
d'existence.
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Que doit donc
être une
conscience pour
qu'elle puisse
successivement
poser des objets
réels et des
objets imagés ?
(...) La
condition pour
qu'une
conscience
puisse imaginer
est donc
double : il faut
à la fois
qu'elle puisse
poser le monde
dans sa totalité
synthétique et,
à la fois,
qu'elle puisse
poser l'objet
imaginé comme
hors d'atteinte
par rapport à
cet ensemble
synthétique,
c'est-à-dire
poser le monde
comme un néant
par rapport à
l'image. Il suit
de là clairement
que toute
création
d'imaginaire
serait
totalement
impossible à une
conscience dont
la nature serait
précisément
d'être
« au-milieu-du-monde ».
Si nous
supposons en
effet une
conscience
placée au sein
du monde comme
un existant
parmi d'autres,
nous devons la
concevoir, par
hypothèse, comme
soumise sans
recours à
l'action des
diverses
réalités — sans
qu'elle puisse
par ailleurs
dépasser le
détail de ces
réalités par une
intuition qui
embrasserait
leur totalité.
Cette conscience
ne pourrait donc
contenir que des
modifications
réelles
provoquées par
des actions
réelles et toute
imagination lui
serait
interdite,
précisément dans
la mesure où
elle serait
enlisée dans le
réel. Cette
conception d'une
conscience
embourbée dans
le monde ne nous
est pas inconnue
car c'est
précisément
celle du
déterminisme
psychologique.
Nous pouvons
affirmer sans
crainte que, si
la conscience
est une
succession de
faits psychiques
déterminés, il
est totalement
impossible
qu'elle produise
jamais autre
chose que du
réel. Pour
qu'une
conscience
puisse imaginer
il faut qu'elle
échappe au monde
par sa nature
même, il faut
qu'elle puisse
tirer
d'elle-même une
position de
recul par
rapport au
monde. En un mot
il faut qu'elle
soit libre.
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(1)
Qu'est-ce que
signifie ici que
l'existence
précède
l'essence? Cela
signifie que
l'homme existe
d'abord, se
rencontre,
surgit dans le
monde et qu'il
se définit
après.
L'homme, tel que
le conçoit
l'existentialisme,
s'il n'est pas
définissable,
c'est qu'il
n'est d'abord
rien. Il ne sera
qu'ensuite et il
sera tel qu'il
se sera fait.
Ainsi il n'y a
pas de nature
humaine,
puisqu'il n'y a
pas de Dieu pour
la concevoir.
L'homme n'est
rien d'autre que
ce qu'il se
fait. Tel est le
premier principe
de
l'existentialisme...
L'homme est
d'abord ce qui
se jette vers un
avenir, et ce
qui est
conscient de se
projeter dans
l'avenir.
Si vraiment
l'existence
précède
l'essence,
l'homme est
responsable de
ce qu'il est.
Ainsi la
première
démarche de
l'existentialisme
est de mettre
tout homme en
possession de ce
qu'il est et de
faire reposer
sur lui la
responsabilité
totale de son
existence. Et
quand nous
disons que
l'homme est
responsable de
lui-même, nous
ne voulons pas
dire que l'homme
est responsable
de sa stricte
individualité,
mais qu'il est
responsable de
tous les hommes.
Choisir d'être
ceci ou cela,
c'est affirmer
en même temps la
valeur de ce que
nous
choisissons, car
nous ne pouvons
jamais choisir
le mal; ce que
nous choisissons
c'est toujours
le bien et rien
ne peut être bon
pour nous sans
l'être pour
tous.
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(24)
Nous sommes
condamnés à être
libres.
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Chacune de nos
perceptions
s'accompagne de
la conscience
que la réalité
humaine est
« dévoilante »,
c'est-à-dire que
par elle « il y
a » de l'être,
ou encore que
l'homme est le
moyen par lequel
les choses se
manifestent ;
c'est notre
présence au
monde qui
multiplie les
relations, c'est
nous qui mettons
en rapport cet
arbre avec ce
coin de ciel ;
grâce à nous,
cette étoile,
morte depuis des
millénaires, ce
quartier de lune
et ce fleuve
sombre se
dévoilent dans
l'unité d'un
paysage ; c'est
la vitesse de
notre auto, de
notre avion qui
organise les
grandes masses
terrestres ; à
chacun de nos
actes le monde
nous révèle un
regard neuf.
Mais si nous
savons que nous
sommes les
détecteurs de
l'être, nous
savons aussi que
nous n'en sommes
pas les
producteurs. Ce
paysage, si nous
nous en
détournons,
croupira sans
témoins dans sa
permanence
obscure. Du
moins
croupira-t-il :
il n'y a
personne d'assez
fou pour croire
qu'il va
s'anéantir.
C'est nous qui
nous anéantirons
et la terre
demeurera dans
sa léthargie
jusqu'à ce
qu'une autre
conscience
vienne
l'éveiller.
Ainsi, à notre
certitude
intérieure
d'être
« dévoilants »
s'adjoint celle
d'être
inessentiels par
rapport à la
chose dévoilée.
Un des
principaux
motifs de la
création
artistique est
certainement le
besoin de nous
sentir
essentiels par
rapport au
monde.
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(26)
S'il est
impossible de
trouver en
chaque homme une
essence
universelle qui
serait la nature
humaine, il
existe pourtant
une universalité
humaine de
condition. Ce
n'est pas par
hasard que les
personnes
d'aujourd'hui
parlent plus
volontiers de la
condition de
l'homme que de
sa nature. Par
condition, ils
entendent avec
plus ou moins de
clarté
l'ensemble des
limites a priori
qui esquissent
sa situation
fondamentale
dans l'univers.
Les situations
historiques
varient ;
l'homme peut
naître esclave
dans une société
païenne ou
seigneur féodal
ou prolétaire.
Ce qui ne varie
pas, c'est la
nécessité pour
lui d'être dans
le monde, d'y
être au travail,
d'y être au
milieu des
autres et d'y
être mortel. Les
limites ne sont
ni objectives ni
subjectives, ou
plutôt elles ont
une face
objective et une
face subjective.
Objectives parce
qu'elles se
rencontrent
partout, et sont
partout
reconnaissables,
elles sont
subjectives
parce qu'elles
sont vécues et
ne sont rien si
l'homme ne les
vit,
c'est-à-dire ne
se détermine
librement dans
son existence
par rapport à
elles.
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(26)
Dostoïevski
avait écrit :
"Si Dieu
n'existait pas,
tout serait
permis." C'est
là le point de
départ de
l'existentialisme.
En effet, tout
est permis si
Dieu n'existe
pas, et par
conséquent
l'homme est
délaissé, parce
qu'il ne trouve
ni en lui, ni
hors de lui, une
possibilité de
s'accrocher. Il
ne trouve
d'abord pas
d'excuses. Si,
en effet,
l'existence
précède
l'essence, on ne
pourra jamais
l'expliquer par
référence à une
nature humaine
donnée et figée
; autrement dit,
il n'y a pas de
déterminisme,
l'homme est
libre, l'homme
est liberté. Si
d'autre part,
Dieu n'existe
pas, nous ne
trouvons pas en
face de nous des
valeurs ou des
ordres qui
légitimeront
notre conduite.
[...] Nous
sommes seuls,
sans excuses.
C'est ce que
j'exprimerai en
disant que
l'homme est
condamné à être
libre. Condamné,
parce qu'il ne
s'est pas créé
lui-même, et par
ailleurs
cependant libre,
parce qu'une
fois jeté dans
le monde, il est
responsable de
tout ce qu'il
fait.
L'existentialisme
ne croit pas à
la puissance de
la passion. Il
ne pensera
jamais qu'une
belle passion
est un torrent
dévastateur qui
conduit
fatalement
l'homme à
certains actes,
et qui, par
conséquent, est
une excuse. Il
pense que
l'homme est
responsable de
sa passion.
L'existentialisme
ne pensera pas
non plus que
l'homme peut
trouver un
secours dans un
signe donné, sur
terre, qui
l'orientera :
car il pense que
l'homme
déchiffre
lui-même le
signe comme il
lui plaît. Il
pense donc que
l'homme, sans
aucun appui et
sans aucun
secours, est
condamné à
chaque instant à
inventer
l'homme.
L'homme, tel que
le conçoit
l'existentialisme,
s'il n'est pas
définissable,
c'est qu'il
n'est d'abord
rien. Il ne sera
qu'ensuite, et
il sera tel
qu'il se sera
fait. Ainsi, il
n'y a pas de
nature humaine,
puisqu'il n'y a
pas de Dieu pour
la concevoir.
L'homme est
seulement, non
seulement tel
qu'il se conçoit
mais tel qu'il
se veut, et
comme il se
conçoit après
l'existence,
comme il se veut
après cet élan
vers l'existence
; l'homme n'est
rien d'autre que
ce qu'il se
fait.
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(26)
La délibération
volontaire est
toujours
truquée.
Comment, en
effet, apprécier
des motifs et
des mobiles
auxquels
précisément je
confère leur
valeur avant
toute
délibération et
par le choix que
je fais de
moi-même ?
L'illusion ici
vient de ce
qu'on s'efforce
de prendre les
motifs et les
mobiles pour des
choses
entièrement
transcendantes,
que je
soupèserais
comme des poids
et qui
posséderaient un
poids comme une
propriété
permanente.
Cependant que,
d'autre part, on
veut y voir des
contenus de
conscience ; ce
qui est
contradictoire.
En fait, motifs
et mobiles n'ont
que le poids que
mon projet,
c'est-à-dire la
libre production
de la fin et de
l'acte connu à
réaliser, leur
confère. Quand
je délibère, les
jeux sont faits.
-
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(26)
Je viens de
faire un geste
maladroit ou
vulgaire : ce
geste colle à
moi, je ne le
juge ni le
blâme, je le vis
simplement
[...]. Mais
voici tout à
coup que je lève
la tête :
quelqu'un était
là et m'a vu. Je
réalise tout à
coup toute la
vulgarité de mon
geste et j'ai
honte. [...] Or
autrui est le
médiateur
indispensable
entre moi et
moi-même : j'ai
honte de moi tel
que j'apparais à
autrui. Et, par
l'apparition
même d'autrui,
je suis mis en
mesure de porter
un jugement sur
moi-même comme
sur un objet
[...]. Mais
pourtant cet
objet apparu à
autrui, ce n'est
pas une vaine
image dans
l'esprit d'un
autre. Cette
image en effet
serait
entièrement
imputable à
autrui et ne
saurait me
"toucher". [...
] la honte est,
par nature,
reconnaissance.
Je reconnais que
je suis comme
autrui me voit.
-
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(26)
Connaître, c'est
"s'éclater
vers";
s'arracher à la
moite intimité
gastrique pour
filer, là-bas,
par delà soi,
vers ce qui
n'est pas soi,
là-bas, près de
l'arbre et
cependant hors
de lui, car il
m'échappe et me
repousse et je
ne peux pas plus
me perdre en lui
qu'il ne se peut
diluer en moi :
hors de lui,
hors de moi.
Est-ce que vous
ne reconnaissez
pas dans cette
description vos
exigences et vos
pressentiments ?
Vous saviez bien
que l'arbre
n'était pas
vous, que vous
ne pouviez pas
le faire entrer
dans vos
estomacs
sombres, et que
la connaissance
ne pouvait pas,
sans
malhonnêteté, se
comparer à la
possession. Du
même coup, la
conscience s'est
purifiée, elle
est claire comme
un grand vent,
il n'y a plus
rien en elle,
sauf un
mouvement pour
se fuir, un
glissement hors
de soi ; si, par
impossible, vous
entriez "dans"
une conscience,
vous seriez
saisi par un
tourbillon et
rejeté au
dehors, près de
l'arbre, en
pleine
poussière, car
la conscience
n'a pas de
"dedans"; elle
n'est rien que
le dehors
d'elle-même et
c'est cette
fuite absolue,
ce refus d'être
substance qui la
constituent
comme une
conscience.
Imaginez à
présent une
suite liée
d'éclatements
qui nous
arrachent à
nous, mêmes, qui
ne laissent même
pas à un
"nous-mêmes" le
loisir de se
former derrière
eux, mais qui
nous jettent au
contraire
au-delà d'eux,
dans la
poussière sèche
du monde, sur la
terre rude,
parmi les choses
; imaginez que
nous sommes
ainsi rejetés,
délaissés par
notre nature
même dans un
monde
indifférent,
hostile et rétif
; vous aurez
saisi le sens
profond de la
découverte que
Husserl exprime
dans cette
fameuse phrase :
"toute
conscience est
conscience de
quelque chose".
Être, c'est
éclater dans le
monde, c'est
partir d'un
néant de monde
et de conscience
pour soudain
s'éclater-conscience-dans-le-monde.
Que la
conscience
essaie de se
reprendre, de
coïncider enfin
avec elle-même,
tout au chaud,
volets clos,
elle s'anéantit.
Cette nécessité
pour la
conscience
d'exister comme
conscience
d'autre chose
que soi, Husserl
la nomme
"intentionnalité".
-
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(26)
Cette crise
mystique de ma
quinzième année,
qui décidera si
elle « a été »
pur accident de
puberté ou au
contraire
premier signe
d'une conversion
future ? Moi,
selon que je
déciderai — à
vingt ans, à
trente ans — de
me convertir. Le
projet de
conversion
confère d'un
seul coup à une
crise
d'adolescence la
valeur d'une
prémonition que
je n'avais pas
prise au
sérieux. Qui
décidera si le
séjour en prison
que j'ai fait,
après un vol, a
été fructueux ou
déplorable ?
Moi, selon que
je renonce à
voler ou que je
m'endurcis. Qui
peut décider de
la valeur
d'enseignement
d'un voyage, de
la sincérité
d'un serment
d'amour, de la
pureté d'une
intention
passée, etc. ?
C'est toujours
moi, selon les
fins par
lesquelles je
les éclaire.
Ainsi tout mon
passé est là,
pressant,
urgent,
impérieux, mais
je choisis son
sens et les
ordres qu'il me
donne par le
projet même de
ma fin. Sans
doute ces
engagements pris
pèsent sur moi,
sans doute le
lien conjugal
autrefois
assumé, la
maison achetée
et meublée l'an
dernier limitent
mes possibilités
et me dictent ma
conduite : mais
c'est
précisément
parce que mes
projets sont
tels que je
réassume le lien
conjugal,
c'est-à-dire
précisément
parce que je ne
projette pas le
rejet du lien
conjugal, parce
que je n'en fais
pas un « lien
conjugal passé,
dépassé, mort »,
mais que, au
contraire, mes
projets,
impliquant la
fidélité aux
engagements pris
ou la décision
d'avoir une «
vie honorable »
de mari et de
père, etc.,
viennent
nécessairement
éclairer le
serment conjugal
passé et lui
conférer sa
valeur toujours
actuelle. Ainsi
l'urgence du
passé vient du
futur. Que
soudain [...],
je modifie
radicalement mon
projet
fondamental, que
je cherche, par
exemple, à me
délivrer de la
continuité du
bonheur, et mes
engagements
antérieurs
perdront toute
leur urgence.
Ils ne seront
plus là que
comme ces tours
et ces remparts
du Moyen Âge,
que l'on ne
saurait nier,
mais qui n'ont
d'autre sens que
celui de
rappeler, comme
une étape
antérieurement
parcourue, une
civilisation et
un stade
d'existence
politique et
économique
aujourd'hui
dépassés et
parfaitement
morts. C'est le
futur qui décide
si le passé est
vivant ou mort.
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L'existentialisme
athée, que je
représente, est
plus cohérent.
Il déclare que
si Dieu n'existe
pas, il y a au
moins un être
chez qui
l'existence
précède
l'essence, un
être qui existe
avant de pouvoir
être défini par
aucun concept et
que cet être,
c'est l'homme
ou, comme dit
Heidegger, la
réalité-humaine.
Qu'est-ce que
signifie ici que
l'existence
précède
l'essence ? Cela
signifie que
l'homme existe
d'abord, se
rencontre,
surgit dans le
monde, et qu'il
se définit
après. L'homme,
tel que le
conçoit
l'existentialiste,
s'il n'est pas
définissable,
c'est qu'il
n'est d'abord
rien. Il ne sera
qu'ensuite, et
il sera tel
qu'il se sera
fait. Ainsi, il
n'y a pas de
nature humaine,
puisqu'il n'y a
pas de Dieu pour
la concevoir.
L'homme est non
seulement tel
qu'il se
conçoit, mais
tel qu'il se
veut, et comme
il se conçoit
après
l'existence,
comme il se veut
après cet élan
vers
l'existence,
l'homme n'est
rien d'autre que
ce qu'il se
fait. Tel est le
premier principe
de
l'existentialisme.
C'est aussi ce
qu'on appelle la
subjectivité, et
que l'on nous
reproche sous ce
nom même. Mais
que voulons-nous
dire par là,
sinon que
l'homme a une
plus grande
dignité que la
pierre ou que la
table ? Car nous
voulons dire que
l'homme existe
d'abord,
c'est-à-dire que
l'homme est
d'abord ce qui
se jette vers un
avenir, et ce
qui est
conscient de se
projeter dans
l'avenir.
L'homme est
d'abord un
projet qui se
vit
subjectivement,
au lieu d'être
une mousse, une
pourriture ou un
chou-fleur ;
rien n'existe
préalablement à
ce projet ; rien
n'est au ciel
intelligible, et
l'homme sera
d'abord ce qu'il
aura projeté
d'être.
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L'existentialiste
déclare
volontiers que
l'homme est
angoisse. Cela
signifie ceci :
l'homme qui
s'engage et qui
se rend compte
qu'il est non
seulement celui
qu'il choisit
d'être, mais
encore un
législateur
choisissant en
même temps que
soi l'humanité
entière, ne
saurait échapper
au sentiment de
sa totale et
profonde
responsabilité.
Certes, beaucoup
de gens ne sont
pas anxieux ;
mais nous
prétendons
qu'ils se
masquent leur
angoisse, qu'ils
la fuient ;
certainement,
beaucoup de gens
croient en
agissant
n'engager
qu'eux-mêmes et,
lorsqu'on leur
dit : mais si
tout le monde
faisait comme ça
? il haussent
les épaules et
répondent : tout
le monde ne fait
pas comme ça.
Mais en vérité
on doit toujours
se demander :
qu'arriverait-il
si tout le monde
en faisait
autant ? et on
n'échappe à
cette pensée
inquiétante que
par une sorte de
mauvaise foi.
Celui qui ment
et qui s'excuse
en déclarant :
tout le monde ne
fait pas comme
ça, est
quelqu'un qui
est mal à l'aise
avec sa
conscience, car
le fait de
mentir implique
une valeur
universelle
attribuée au
mensonge. Même
lorsqu'elle se
masque,
l'angoisse
apparaît.
[...] Il ne
s'agit pas là
d'une angoisse
qui conduirait
au quiétisme, à
l'inaction. Il
s'agit d'une
angoisse simple,
que tous ceux
qui ont eu des
responsabilités
connaissent.
Lorsque, par
exemple, un chef
militaire prend
la
responsabilité
d'une attaque et
envoie un
certain nombre
d'hommes à la
mort, il choisit
de le faire et,
au fond, il
choisit seul.
Sans doute il y
a des ordres qui
viennent d'en
haut, mais ils
sont trop larges
et une
interprétation
s'impose, qui
vient de lui, et
de cette
interprétation
dépend la vie de
dix ou quatorze
ou vingt hommes.
Il ne peut pas
ne pas avoir,
dans la décision
qu'il prend, une
certaine
angoisse. Tous
les chefs
connaissent
cette angoisse.
Cela ne les
empêche pas
d'agir, au
contraire, c'est
la condition
même de leur
action.
-
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Dostoïevsky
avait écrit : «
si Dieu
n'existait pas,
tout serait
permis ». C'est
là le point de
départ de
l'existentialisme.
En effet, tout
est permis si
Dieu n'existe
pas, et par
conséquent
l'homme est
délaissé, parce
qu'il ne trouve
ni en lui, ni
hors de lui une
possibilité de
s'accrocher. Il
ne trouve
d'abord pas
d'excuses. Si,
en effet,
l'existence
précède
l'essence, on ne
pourra jamais
expliquer par
référence à une
nature humaine
donnée et figée
; autrement dit,
il n'y a pas de
déterminisme,
l'homme est
libre, l'homme
est liberté. Si,
d'autre part,
Dieu n'existe
pas, nous ne
trouvons pas en
face de nous des
valeurs ou des
ordres qui
légitimeront
notre conduite.
Ainsi, nous
n'avons ni
derrière nous ni
devant nous,
dans le domaine
numineux des
valeurs, des
justifications
ou des excuses.
Nous sommes
seuls, sans
excuses. C'est
ce que
j'exprimerai en
disant que
l'homme est
condamné à être
libre. Condamné,
parce qu'il ne
s'est pas créé
lui-même, et par
ailleurs
cependant libre,
parce qu'une
fois jeté dans
le monde, il est
responsable de
tout ce qu'il
fait.
-
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corrigé
Quant au
désespoir, cette
expression a un
sens extrêmement
simple. Elle
veut dire que
nous nous
bornerons à
compter sur ce
qui dépend de
notre volonté,
ou sur
l'ensemble des
probabilités qui
rendent notre
action possible.
Quand on veut
quelque chose,
il y a toujours
des éléments
probables. Je
puis compter sur
la venue d'un
ami. Cet ami
vient en chemin
de fer ou en
tramway ; cela
suppose que le
chemin de fer
arrivera à
l'heure dite, ou
que le tramway
ne déraillera
pas. Je reste
dans le domaine
des possibilités
; mais il ne
s'agit de
compter sur les
possibles que
dans la mesure
stricte où notre
action comporte
l'ensemble de
ces possibles. A
partir du moment
où les
possibilités que
je considère ne
sont pas
strictement
engagées par mon
action, je dois
m'en
désintéresser,
parce qu'aucun
Dieu, aucun
dessein ne peut
adapter le monde
et ses possibles
à ma volonté. Au
fond, quand
Descartes disait
: « Se vaincre
plutôt soi-même
que le monde »,
il voulait dire
la même chose :
agir sans
espoir.
-
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corrigé
Cette théorie
[l'existentialisme]
est la seule à
donner une
dignité à
l'homme, c'est
la seule qui
n'en fasse pas
un objet. Tout
matérialisme a
pour effet de
traiter tous les
hommes, y
compris
soi-même, comme
des objets,
c'est-à-dire
comme un
ensemble de
réactions
déterminées, que
rien ne
distingue de
l'ensemble des
qualités et de
phénomènes qui
constituent une
table ou une
chaise ou une
pierre. Nous
voulons
constituer
précisément le
règne humain
comme un
ensemble de
valeurs
distinctes du
règne matériel.
Mais la
subjectivité que
nous atteignons
là à titre de
vérité n'est pas
une subjectivité
strictement
individuelle,
car nous avons
démontré que
dans le cogito,
on ne découvrait
pas seulement
soi-même, mais
aussi les
autres. Par le
je pense,
contrairement à
la philosophie
de Descartes,
contrairement à
la philosophie
de Kant, nous
nous atteignons
nous-mêmes en
face de l'autre,
et l'autre est
aussi certain
pour nous que
nous-mêmes.
Ainsi, l'homme
qui s'atteint
directement par
le cogito
découvre aussi
tous les autres,
et il les
découvre comme
la condition de
son existence.
Il se rend
compte qu'il ne
peut rien être
(au sens où l'on
dit qu'on est
spirituel, ou
qu'on est
méchant, ou
qu'on est
jaloux) sauf si
les autres le
reconnaissent
comme tel. Pour
obtenir une
vérité
quelconque sur
moi, il faut que
je passe par
l'autre. L'autre
est
indispensable à
mon existence,
aussi bien
d'ailleurs qu'à
la connaissance
que j'ai de moi.
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corrigé
Quand nous
parlons d'une
toile de
Picasso, nous ne
disons jamais
qu'elle est
gratuite ; nous
comprenons très
bien qu'il s'est
construit tel
qu'il est en
même temps qu'il
peignait, que
l'ensemble de
son oeuvre
s'incorpore à sa
vie. Il en est
de même sur le
plan moral. Ce
qu'il y a de
commun entre
l'art et la
morale, c'est
que, dans les
deux cas, nous
avons création
et invention.
Nous ne pouvons
décider a priori
de ce qu'il y a
à faire. Je
crois vous
l'avoir assez
montré en vous
parlant du cas
de cet élève qui
est venu me
trouver et qui
pouvait
s'adresser à
toutes les
morales,
kantienne ou
autres, sans y
trouver aucune
espèce
d'indication ;
il était obligé
d'inventer sa
loi lui-même.
Nous ne dirons
jamais que cet
homme, qui aura
choisi de rester
avec sa mère en
prenant comme
base morale ses
sentiments,
l'action
individuelle et
la charité
concrète, ou qui
aura choisi de
s'en aller en
Angleterre, en
préférant le
sacrifice, a
fait un choix
gratuit. L'homme
se fait ; il
n'est pas fait
tout d'abord, il
se fait en
choisissant sa
morale, et la
pression de
circonstances
est telle qu'il
ne peut pas ne
pas en choisir
une. Nous ne
définissons
l'homme que par
rapport à un
engagement. Il
est donc absurde
de nous
reprocher la
gratuité du
choix.
-
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corrigé
Kant déclare que
la liberté veut
elle-même et la
liberté des
autres.
D'accord, mais
il estime que le
formel et
l'universel
suffisent pour
constituer une
morale. Nous
pensons, au
contraire, que
des principes
trop abstraits
échouent pour
définir
l'action. Encore
une fois, prenez
le cas de cet
élève ; au nom
de quoi, au nom
de quelle grande
maxime morale
pensez-vous
qu'il aurait pu
décider en toute
tranquillité
d'esprit
d'abandonner sa
mère ou de
rester avec elle
? II n'y a aucun
moyen de juger.
Le contenu est
toujours
concret, et par
conséquent
imprévisible ;
il y a toujours
invention. La
seule chose qui
compte, c'est de
savoir si
l'invention qui
se fait, se fait
au nom de la
liberté.
-
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corrigé
On m'a reproché
de demander si
l'existentialisme
est un
humanisme. On
m'a dit : mais
vous avez écrit
dans La Nausée
que les
humanistes
avaient tort,
vous vous êtes
moqué d'un
certain type
d'humanisme,
pourquoi y
revenir à
présent ? En
réalité, le mot
humanisme a deux
sens très
différents. Par
humanisme on
peut entendre
une théorie qui
prend l'homme
comme fin et
comme valeur
supérieure. Il y
a humanisme en
ce sens chez
Cocteau, par
exemple, quand
dans son récit
Le Tour du monde
en 80 heures, un
personnage
déclare, parce
qu'il survole
des montagnes en
avion : l'homme
est épatant.
Cela signifie
que moi,
personnellement,
qui n'ai pas
construit les
avions, je
bénéficierais de
ces inventions
particulières,
et que je
pourrais, en
tant qu'homme,
me considérer
comme
responsable et
honoré par des
actes
particuliers à
quelques hommes.
Cela supposerait
que nous
pourrions donner
une valeur à
l'homme d'après
les actes les
plus hauts de
certains hommes.
Cet humanisme
est absurde, car
seul le chien ou
le cheval
pourraient
porter un
jugement
d'ensemble sur
l'homme et
déclarer que
l'homme est
épatant, ce
qu'ils n'ont
garde de faire,
à ma
connaissance
tout au moins.
Mais on ne peut
admettre qu'un
homme puisse
porter un
jugement sur
l'homme.
L'existentialiste
le dispense de
tout jugement de
ce genre :
l'existentialiste
ne prendra
jamais l'homme
comme fin, car
il est toujours
à faire. Et nous
ne devons pas
croire qu'il y a
une humanité à
laquelle nous
puissions rendre
un culte, à la
manière
d'Auguste Comte.
-
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Il y a un autre
sens de
l'humanisme, qui
signifie au fond
ceci : l'homme
est constamment
hors de
lui-même, c'est
en se projetant
et en se perdant
hors de lui
qu'il fait
exister l'homme
et, d'autre
part, c'est en
poursuivant des
buts
transcendants
qu'il peut
exister ;
l'homme étant ce
dépassement et
ne saisissant
les objets que
par rapport à ce
dépassement, est
au coeur, au
centre de ce
dépassement. Il
n'y a pas
d'autre univers
qu'un univers
humain,
l'univers de la
subjectivité
humaine. Cette
liaison de la
transcendance
comme
constitutive de
l'homme — non
pas au sens où
Dieu est
transcendant,
mais au sens de
dépassement —,
et de la
subjectivité, au
sens où l'homme
n'est pas
enfermé en
lui-même mais
présent toujours
dans un univers
humain, c'est ce
que nous
appelons
l'humanisme
existentialiste.
Humanisme, parce
que nous
rappelons à
l'homme qu'il
n'y a pas
d'autre
législateur que
lui-même, et que
c'est dans le
délaissement
qu'il décidera
de lui-même ; et
parce que nous
montrons que ça
n'est pas en se
retournant vers
lui, mais
toujours en
cherchant hors
de lui un but
qui est telle
libération,
telle
réalisation
particulière,
que l'homme se
réalisera
précisément
comme humain.
-
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L'homme, tel que
le conçoit
l'existentialiste,
s'il n'est pas
définissable,
c'est qu'il
n'est d'abord
rien. Il ne sera
qu'ensuite, et
il sera tel
qu'il se sera
fait. Ainsi, il
n'y a pas de
nature humaine,
puisqu'il n'y a
pas de Dieu pour
la concevoir.
L'homme est
seulement, non
seulement tel
qu'il se
conçoit, mais
tel qu'il se
veut, et comme
il se conçoit
après
l'existence,
comme il se veut
après cet élan
vers l'existence
; l'homme n'est
rien d'autre que
ce qu'il se
fait. (...)
Mais que
voulons-nous
dire par là,
sinon que
l'homme a une
plus grande
dignité que la
pierre ou que la
table ? Car nous
voulons dire que
l'homme existe
d'abord,
c'est-à-dire que
l'homme est
d'abord ce qui
se jette vers un
avenir et ce qui
est conscient de
se projeter dans
l'avenir.
-
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Du seul fait, en
effet, que j'ai
conscience des
motifs qui
sollicitent mon
action, ces
motifs sont déjà
des objets
transcendants
pour ma
conscience, ils
sont dehors; en
vain
chercherai-je à
m'y raccrocher :
j'y échappe par
mon existence
même. Je suis
condamné à
exister pour
toujours par
delà mon
essence, par
delà les mobiles
et les motifs de
mon acte : je
suis condamné à
être libre. Cela
signifie qu'on
ne saurait
trouver à ma
liberté d'autres
limites
qu'elle-même ou,
si l'on préfère,
que nous ne
sommes pas
libres de cesser
d'être libres.
Dans la mesure
où le pour-soi
veut se masquer
son propre néant
et s'incorporer
l'en-soi comme
son véritable
mode d'être, il
tente aussi de
se masquer sa
liberté. Le sens
profond du
déterminisme,
c'est d'établir
en nous une
continuité sans
faille
d'existence en
soi. Le mobile,
conçu comme fait
psychique,
c'est-à-dire
comme réalité
pleine et
donnée,
s'articule, dans
la vision
déterministe,
sans solution de
continuité, à la
décision et à
l'acte, qui sont
conçus également
comme données
psychiques.
L'en-soi s'est
emparé de tous
ces «data », le
mobile provoque
l'acte comme la
cause son effet,
tout est réel,
tout est plein.
Ainsi, le refus
de la liberté ne
peut se
concevoir que
comme tentative
pour se saisir
comme
être-en-soi.
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Qu'est-ce que
signifie ici que
l'existence
précède
l'essence? Cela
signifie que
l'homme existe
d'abord, se
rencontre,
surgit dans le
monde, et qu'il
se définit
après. L'homme,
tel que le
conçoit
l'existentialiste,
s'il n'est pas
définissable,
c'est qu'il
n'est d'abord
rien. Il ne sera
qu'ensuite, et
il sera tel
qu'il se sera
fait. Ainsi, il
n'y a pas de
nature humaine,
puisqu'il n'y a
pas de Dieu pour
la concevoir.
L'homme est
seulement, non
seulement tel
qu'il se
conçoit, mais
tel qu'il se
veut, et comme
il se conçoit
après
l'existence,
comme il se veut
après cet élan
vers
l'existence;
l'homme n'est
rien que ce
qu'il se fait.
Tel est le
premier principe
de
l'existentialisme.
C'est aussi ce
qu'on appelle la
subjectivité, et
que l'on nous
reproche sous ce
nom même. Mais
que voulons-nous
dire par là,
sinon que
l'homme existe
d'abord,
c'est-à-dire que
l'homme est
d'abord ce qui
se jette vers un
avenir, et ce
qui est
conscient de se
projeter dans
l'avenir.
L'homme est
d'abord un
projet qui se
vit
subjectivement,
au lieu d'être
une mousse, une
pourriture ou un
chou-fleur; rien
n'existe
préalablement à
ce projet, et
l'homme sera
d'abord ce qu'il
aura projeté
d'être. Non pas
ce qu'il voudra
être. Car ce que
nous entendons
ordinairement
par vouloir,
c'est une
décision
consciente, et
qui est pour la
plupart d'entre
nous postérieure
à ce qu'il s'est
fait lui-même.
Je peux vouloir
adhérer à un
parti, écrire un
livre, me
marier, tout
cela n'est
qu'une
manifestation
d'un choix plus
originel, plus
spontané que ce
qu'on appelle
volonté. Mais si
vraiment
l'existence
précède
l'essence,
l'homme est
responsable de
ce qu'il est.
Ainsi la
première
démarche de
l'existentialisme
est de mettre
tout homme en
possession de ce
qu'il est et de
faire reposer
sur lui la
responsabilité
totale de son
existence. Et,
quand nous
disons que
l'homme est
responsable de
lui-même, nous
ne voulons pas
dire que l'homme
est responsable
de sa stricte
individualité,
mais qu'il est
responsable de
tous les hommes.
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