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(9)
A l'opposé de notre conception suivant laquelle
l'État est la réalisation de la liberté, nous
trouvons l'opinion que l'homme est libre
naturellement... elle a conféré l'existence,
sans la moindre preuve historique.
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(13)
À l'école, [...] l'activité de l'enfant commence
à acquérir, de façon essentielle et radicale,
une signification sérieuse, à savoir qu'elle
n'est plus abandonnée à l'arbitraire et au
hasard, au plaisir et au penchant du moment ;
l'enfant apprend à déterminer son agir d'après
un but et d'après des règles, il cesse de valoir
à cause de sa personne, et commence de valoir
suivant ce qu'il fait et de s'acquérir du
mérite. Dans la famille, l'enfant doit agir
comme il faut dans le sens de l'obéissance
personnelle et de l'amour; à l'école, il doit se
comporter dans le sens du devoir et d'une loi,
et, pour réaliser un ordre universel, simplement
formel, faire telle chose et s'abstenir de telle
autre chose qui pourrait bien autrement être
permise à l'individu. Instruit au sein de la
communauté qu'il forme avec plusieurs, il
apprend à tenir compte d'autrui, à faire
confiance à d'autres hommes qui lui sont tout
d'abord étrangers et à avoir confiance en
lui-même vis-à-vis d'eux, et il s'engage ici
dans la formation et la pratique de vertus
sociales.
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(19)
Ces grands hommes semblent obéir uniquement à
leur passion, à leur caprice. Mais ce qu'ils
veulent est l'universel. (... ) C'est la
psychologie des maîtres d'école qui sépare ces
deux aspects. Ayant réduit la passion à une
manie, elle rend suspecte la morale de ces
hommes; ensuite, elle tient les conséquences de
leurs actes pour leurs vrais motifs et leurs
actes mêmes pour des moyens au service de ces
buts : leurs actions s'expliquent par la manie
des grandeurs ou la manie des conquêtes. Ainsi
par exemple l'aspiration d'Alexandre est réduite
à la manie de conquête, donc à quelque chose de
subjectif qui n'est pas le Bien. Cette réflexion
dite psychologique explique par le fond du coeur
toutes les actions et leur donne une forme
subjective. De ce point de vue, les
protagonistes de l'histoire auraient tout fait,
poussés par une passion grande ou petite ou par
une manie, et ne méritent donc pas d'être
considérés comme des hommes moraux. Alexandre de
Macédoine a conquis une partie de la Grèce, puis
l'Asie; il a donc été un obsédé de conquêtes. Il
a agi par manie de conquêtes, par manie de
gloire, et la preuve en est qu'il s'est couvert
de gloire. Quel maître d'école n'a pas démontré
d'avance qu'Alexandre le Grand, Jules César et
les hommes de la même espèce ont tous été
poussés par de telles passions et que, par
conséquent, ils ont été des hommes immoraux?
D'où il suit aussitôt que lui, le maître
d'école, vaut mieux que ces gens-là, car il n'a
pas de ces passions et en donne comme preuve
qu'il n'a pas conquis l'Asie, ni vaincu Darius
et Porus, mais qu'il est un homme qui vit bien
et a laissé également les autres vivre. »
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(18)
L'expérience
commune énonce elle-même qu'il y a pour le moins
une multitude de choses contradictoires,
d'organisations contradictoires, etc., dont la
contradiction n'est pas présente simplement dans
une réflexion extérieure, mais dans elles-mêmes.
Mais, en outre, la contradiction n'est pas à
prendre simplement comme une anomalie qui se
rencontrerait seulement ici et là, car elle est
le négatif dans sa détermination essentielle, le
principe de tout auto-mouvement, lequel ne
consiste en rien d'autre que dans une
présentation de cette même contradiction. Le
mouvement sensible extérieur lui-même est son
être-là immédiat. Quelque chose se meut
seulement, non pas en tant qu'il est ici dans ce
maintenant et là-bas dans un autre maintenant,
mais en tant que, dans un seul et même
maintenant, il est ici et non ici, en tant que
dans cet ici il est en même temps et n'est pas.
On doit concéder aux anciens dialecticiens les
contradictions qu'ils mettent en évidence dans
le mouvement, pourtant il ne s'ensuit pas que,
pour cette raison, le mouvement n'est pas, mais
que le mouvement est la contradiction étant-là
elle-même. [...]
Quelque chose est donc vivant seulement dans la
mesure où il contient dans soi la contradiction
et, à vrai dire, est cette force qui consiste à
saisir dans soi et à supporter la contradiction.
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(20) (22)
Il faut distinguer droit et morale. Le droit
peut très bien permettre une action qu'interdise
la morale. Le droit, par exemple, m'autorise à
disposer de mon bien de façon tout fait
inconditionnelle, mais la morale contient des
déterminations qui limitent ce droit de
disposition. Il peut sembler que la morale
permette bien des actions que le droit interdit,
mais la morale n'exige pas seulement
l'observation du droit à l'égard d'autrui, elle
ajoute de plus au droit la disposition d'esprit
qui consiste à respecter le droit pour lui-même.
C'est la morale elle-même qui impose que,
d'abord, le droit soit respecté, et que, là où
cesse le domaine du droit, interviennent des
déterminations morales.
Pour qu'une conduite ait une valeur morale, il
est nécessaire de discerner si cette conduite
est juste ou injuste, bonne ou méchante. Ce
qu'on appelle innocence des enfants ou des
nations non civilisées n'est pas encore
moralité. Si les enfants ou les non civilisés
s'abstiennent d'un grand nombre de méchantes
conduites, c'est parce qu'ils n'ont encore
aucune représentation de pareilles conduites,
parce que les relations qui donnent lieu à ces
conduites n'existent encore d'aucune manière ;
le fait qu'ils s'abstiennent de ces conduites
méchantes est sans valeur morale. Ils
accomplissent, d'autre part, des actions
conformes à la morale et qui cependant ne sont
pas encore proprement morales, car ils n'ont
aucun discernement qui leur permettrait de
savoir si, par nature, cette conduite est bonne
ou méchante.
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(13)
Quel but l'homme poursuit-il en imitant la
nature ? Celui de s'éprouver lui-même, de
montrer son habileté et de se réjouir d'avoir
fabriqué quelque chose ayant une apparence
naturelle. Mais cette joie et cette admiration
de soi-même ne tardent pas à tourner en ennui et
mécontentement, et cela d'autant plus vite et
plus facilement que l'imitation reproduit plus
fidèlement le modèle naturel. Il y a des
portraits dont on a dit assez spirituellement
qu'ils sont ressemblants jusqu'à la nausée.
D'une façon générale, la joie que procure une
imitation réussie ne peut être qu'une joie très
relative, car dans l'imitation de la nature le
contenu, la matière sont des données qu'on n'a
que la peine d'utiliser. L'homme devrait
éprouver une joie plus grande en produisant
quelque chose qui soit bien de lui, quelque
chose qui lui soit particulier et dont il puisse
dire qu'il est sien. Tout outil technique, un
navire par exemple ou, plus particulièrement, un
instrument scientifique doit lui procurer plus
de joie, parce que c'est sa propre oeuvre, et
non une imitation. Le plus mauvais outil
technique a plus de valeur à ses yeux ; il peut
être fier d'avoir inventé le marteau, le clou,
parce que ce sont des inventions originales, et
non imitées. L'homme montre mieux son habileté
dans des productions surgissant de l'esprit
qu'en imitant la nature.
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(22)
Il paraît particulièrement nécessaire de faire
de nouveau de la philosophie une affaire
sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts,
les talents, les techniques, prévaut la
conviction qu'on ne les possède pas sans se
donner de la peine et sans faire l'effort de les
apprendre et de les pratiquer. Si quiconque
ayant des yeux et des doigts, à qui on fournit
du cuir et un instrument, n'est pas pour cela en
mesure de faire des souliers, de nos jours
domine le préjugé selon lequel chacun sait
immédiatement philosopher et apprécier la
philosophie puisqu'il possède l'unité de mesure
nécessaire dans sa raison naturelle - comme si
chacun ne possédait pas aussi dans son pied la
mesure d'un soulier. (...)
Puisque le sens commun fait appel au sentiment,
son oracle intérieur, il rompt tout contact avec
qui n'est pas de son avis, (...) il foule aux
pieds la racine de l'humanité, car la nature de
l'humanité c'est de tendre l'accord mutuel ; son
existence est seulement dans la communauté
instituée des consciences. Ce qui est
antihumain, ce qui est seulement animal, c'est
de s'enfermer dans le sentiment et de ne pouvoir
se communiquer que par le sentiment.
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(16)
Il y a des portraits dont on a dit assez
spirituellement qu'ils sont ressemblants jusqu'à
la nausée. D'une façon générale, la joie que
procure une imitation réussie ne peut être
qu'une joie toute relative, car dans l'imitation
de la nature, le contenu, la matière sont des
données qu'on n'a que la peine d'utiliser.
L'homme devrait éprouver une joie plus grande en
produisant quelque chose qui soit bien de lui,
quelque chose qui lui soit particulier et dont
il puisse dire qu'il est sien. Tout outil
technique, un navire par exemple ou, plus
particulièrement, un instrument scientifique
doit lui procurer plus de joie, parce que c'est
sa propre oeuvre, et non une imitation. Le plus
mauvais outil technique a plus de valeur ses
yeux ; il peut être fier d'avoir inventé le
marteau, le clou, parce que ce sont des
inventions originales, et non imitées. L'homme
montre mieux son habileté dans des productions
surgissant de l'esprit qu'en imitant la nature.
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(21) (25)
Les choses de la nature n’existent
qu’immédiatement et d’une seule façon, tandis
que l’homme, parce qu’il est esprit, a une
double existence ; il existe d’une part au même
titre que les choses de la nature, mais d’autre
part, il existe aussi pour soi. Il se contemple,
se représente à lui-même, se pense et n’est
esprit que par cette activité qui constitue un
être pour soi. Cette conscience de soi, l’homme
l’acquiert de deux manières : primo,
théoriquement, parce qu’il doit se pencher sur
lui-même pour prendre conscience de tous les
mouvements, replis et penchants du coeur humain
; et d’une façon générale se contempler, se
représenter ce que la pensée peut lui assigner
comme essence ; enfin se reconnaître
exclusivement aussi bien dans ce qu’il tire de
son propre fond quand dans les données qu’il
reçoit de l’extérieur. Deuxièmement, l’homme se
constitue pour soi par son activité pratique,
parce qu’il est poussé à se trouver lui-même
dans ce qui est donné immédiatement, dans ce qui
s’offre à lui extérieurement. Il y parvient en
changeant les choses extérieures, qu’il marque
au sceau de son intériorité et dans lesquelles
ils ne retrouve que ses propres déterminations.
L’homme agit ainsi, de par sa liberté de sujet,
pour ôter au monde extérieur son caractère
farouchement étranger et pour ne jouir des
choses que parce qu’il retrouve une forme
extérieure de sa propre réalité.
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Accéder au corrigé (4)
L'art ne donne plus cette satisfaction des
besoins spirituels, que des peuples et des temps
révolus cherchaient et ne trouvaient qu'en
lui... de reconnaître rigoureusement ce qu'il
est dans son fond.
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(23)
Rien de grand ne s'est accompli dans le monde
sans passion...
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(23)
La conscience de soi est certaine de soi-même,
seulement par la suppression de cet autre qui se
présente à elle comme vie indépendante...
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(26)
La vengeance se distingue de la punition en ce
que l'une est une réparation obtenue par un acte
de la partie lésée, tandis que l'autre est
l'oeuvre d'un juge. C'est pourquoi il faut que
la réparation soit effectuée à titre de
punition, car, dans la vengeance, la passion
joue son rôle et le droit se trouve ainsi
troublé. De plus, la vengeance n'a pas la forme
du droit, mais celle de l'arbitraire, car la
partie lésée agit toujours par sentiment ou
selon un mobile subjectif. Aussi bien le droit
qui prend la forme de la vengeance constitue à
son tour une nouvelle offense, n'est senti que
comme conduite individuelle et provoque,
inexpiablement, à l'infini, de nouvelles
vengeances.
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Accéder au corrigé (8)
Le trésor de raison consciente d'elle-même qui
nous appartient, qui appartient à l'époque
contemporaine, ne s'est pas produit de manière
immédiate, n'est pas sorti du sol du temps
présent, mais pour lui c'est essentiellement un
héritage, plus précisément le résultat du
travail et, à vrai dire, du travail de toutes
les générations antérieures du genre humain. De
même que les arts de la vie extérieure, la
quantité de moyens et procédés habiles, les
dispositions et les habitudes de la vie sociale
et politique sont un résultat de la réflexion,
de l'invention, des besoins, de la nécessité et
du malheur, de la volonté et de la réalisation
de l'histoire qui précède notre époque, de même
ce que nous sommes en fait de sciences et plus
particulièrement de philosophie nous le devons à
la tradition qui enlace tout ce qui est passager
et qui est par suite passé, pareille à une
chaîne sacrée, [...) et qui nous a conservé et
transmis tout ce qu'a créé le temps passé. Or,
cette tradition n'est pas seulement une ménagère
qui se contente de garder fidèlement ce qu'elle
a reçu et le transmet sans changement aux
successeurs; elle n'est pas une immobile statue
de pierre, mais elle est vivante et grossit
comme un fleuve puissant qui s'amplifie à mesure
qu'il s'éloigne de sa source.
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(23)
L'art occupe le milieu entre le sensible pur et
la pensée pure...
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Accéder au corrigé (26)
Il est particulièrement nécessaire qu'on
fasse de nouveau du "philosopher" une affaire
sérieuse... il a été engendré par la
philosophie.
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(24)
L'Histoire est la réalisation de l'idée de
liberté.
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Accéder au corrigé
(24)
Le vrai est le tout.
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Accéder au corrigé
(24)
C'est seulement par le risque de sa vie que l'on
conserve sa liberté.
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Accéder au corrigé
(24)
L'art occupe le milieu entre le sensible pur et
la pensée pure.
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Accéder au corrigé (1)
Le côté négatif de ce spectacle du changement
provoque notre tristesse. Il est déprimant de
savoir que tant de splendeur, tant de belle
vitalité a dû périr et que nous marchons au
milieu des ruines. Le plus noble et le plus beau
nous fut arraché par l'histoire : les passions
humaines l'ont ruiné. Tout semble voué à la
disparition, rien ne demeure. (...)
Après ces troublantes considérations, on se
demande quelle est la fin de toutes ces réalités
individuelles. Elles ne s'épuisent pas dans
leurs buts particuliers. Tout doit contribuer à
une oeuvre. A la base de cet immense sacrifice
de l'Esprit doit se trouver une fin ultime. La
question est de savoir si, sous le tumulte qui
règne à la surface, ne s'accomplit pas une
oeuvre silencieuse et secrète dans laquelle sera
conservée toute la force des phénomènes.
Ce qui nous gêne, c'est la grande variété, le
contraste de ce contenu. Nous voyons des choses
opposées être vénérées comme sacrées et
prétendre représenter l'intérêt de l'époque et
des peuples. Ainsi naît le besoin de trouver
dans l'Idée la justification d'un tel déclin.
Cette considération nous conduit à la troisième
catégorie, à la recherche d'une fin en soi et
pour soi ultime. C'est la catégorie de la Raison
elle-même, elle existe dans la conscience comme
foi en la toute-puissance de la Raison sur le
monde. La preuve sera fournie par l'étude de
l'histoire elle-même. Car celle-ci n'est que
l'image et l'acte de la Raison.
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(26)
Ce qu'il y a de subjectif dans la pauvreté et
dans le dénuement en général, auquel tout
individu est déjà exposé dans la sphère
naturelle, nécessite une aide subjective, tant
au point de vue des circonstances particulières
de l'individu qu'au point de vue du sentiment et
de l'amour. C'est dans ce domaine que la
moralité trouve suffisamment de quoi s'occuper,
même s'il existe des institutions collectives
d'assistance. Néanmoins, parce que cette aide
demeure contingente en elle-même et dans ses
effets, il faut que la société s'efforce de
découvrir et de mettre en oeuvre ce qu'il y a
d'universel dans cet état de dénuement et dans
les moyens d'y remédier, et de rendre ainsi
superflue cette aide subjective.
Remarque – Le caractère contingent de l'aumône,
des institutions charitables, comme celui des
cierges que l'on fait brûler devant les images
des saints, est complété par des institutions
publiques d'assistance, par des hôpitaux, par
l'éclairage des rues, etc. Cela n'empêchera pas
la charité d'avoir suffisamment de choses à
faire, et c'est, de sa part, une opinion fausse
de vouloir réserver exclusivement à la
particularité du sentiment, à la contingence de
sa disposition d'esprit et de son savoir, le
soin de remédier à la misère. Elle a donc tort
de se sentir blessée et lésée par des
dispositions d'ordre général où des règlements
qui sont obligatoires. Il faut, au contraire,
admettre que l'état de la société est d'autant
plus satisfaisant qu'il reste à l'individu
agissant selon son opinion particulière moins à
faire en comparaison de ce qui est effectué par
des mesures générales d'assistance.
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(7) (22)
Nous n'avons conscience de nos pensées, nous
n'avons des pensées déterminées et réelles que
lorsque nous leur donnons la forme objective,
que nous les différencions de notre intériorité,
et que par suite nous les marquons de la forme
externe, mais d'une forme qui contient aussi le
caractère de l'activité interne la plus haute.
C'est le son articulé, le mot, qui seul nous
offre une existence où l'externe et l'interne
sont si intimement unis. Par conséquent, vouloir
penser sans les mots, c'est une tentative
insensée. Mesmer en fit l'essai, et, de son
propre aveu, il en faillit perdre la raison. Et
il est également absurde de considérer comme un
désavantage et comme un défaut de la pensée
cette nécessité qui lie celle-ci au mot. On
croit ordinairement, il est vrai, que ce qu'il y
a de plus haut c'est l'ineffable...
Mais c'est là une opinion superficielle et sans
fondement ; car en réalité l'ineffable c'est la
pensée obscure, la pensée à l'état de
fermentation, et qui ne devient claire que
lorsqu'elle trouve le mot. Ainsi, le mot donne à
la pensée son existence la plus haute et la plus
vraie. Sans doute on peut se perdre dans un flux
de mots sans saisir la chose. Mais la faute en
est à la pensée imparfaite, indéterminée et
vide, elle n'en est pas au mot. Si la vraie
pensée est la chose même, le mot l'est aussi
lorsqu'il est employé par la vraie pensée. Par
conséquent, l'intelligence, en se remplissant de
mots, se remplit aussi de la nature des choses.
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(11)
Le contenu concret de la certitude sensible la
fait apparaître à première vue comme la
connaissance la plus riche, voire comme une
connaissance d'une richesse infinie, pour
laquelle on ne peut trouver aucune limite, ni
quand nous allons au-delà d'elle dans l'espace
et le temps où elle se déploie, - ni quand nous
détachons un fragment de cette plénitude et que
nous y pénétrons en le divisant.
Elle apparaît de plus comme la plus vraie, car
elle n'a encore rien écarté de l'objet, mais l'a
devant elle tout entier. Cependant, en fait
cette certitude se révèle comme la vérité la
plus abstraite et la plus pauvre. De ce qu'elle
sait elle dit seulement: « cela est »; sa vérité
ne contient que l'être de la chose. D'un autre
côté, la conscience n'est dans cette certitude
que le Moi pur, en d'autres termes Je suis là
seulement comme pur Celui-ci et l'objet n'est
que pur Celui-là.
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(22)
Les choses de la nature n'existent
qu'immédiatement et d'une seule façon, tandis
que l'homme, parce qu'il est esprit, a une
double existence ; il existe d'une part au même
titre que les choses de la nature, mais d'autre
part il existe aussi pour soi, il se contemple,
se représente à lui-même, se pense et n'est
esprit que par cette activité qui constitue un
être pour soi.
Cette conscience de soi, l'homme l'acquiert de
deux manières : Primo, théoriquement, parce
qu'il doit se pencher sur lui-même pour prendre
conscience de tous les mouvements, replis et
penchants du coeur humain et d'une façon
générale se contempler, se représenter ce que la
pensée peut lui assigner comme essence, enfin se
reconnaître exclusivement aussi bien dans ce
qu'il tire de son propre fond que dans les
données qu'il reçoit de l'extérieur.
Deuxièmement, l'homme se constitue pour soi par
son activité pratique, parce qu'il est poussé à
se trouver lui-même, à se reconnaître lui-même
dans ce qui lui est donné immédiatement, dans ce
qui s'offre à lui extérieurement. Il y parvient
en changeant les choses extérieures, qu'il
marque du sceau de son intériorité et dans
lesquelles il ne retrouve que ses propres
déterminations.
L'homme agit ainsi, de par sa liberté de sujet,
pour ôter au monde extérieur son caractère
farouchement étranger et pour ne jouir des
choses que parce qu'il y retrouve une forme
extérieure de sa propre réalité. Ce besoin de
modifier les choses extérieures est déjà inscrit
dans les premiers penchants de l'enfant: le
petit garçon qui jette des pierres dans le
torrent et admire les ronds qui se forment dans
l'eau, admire en fait une oeuvre où il bénéficie
du spectacle de sa propre activité.
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(26)
Le contenu peut être tout à fait indifférent et
ne présenter pour nous, dans la vie ordinaire,
en dehors de sa représentation artistique, qu'un
intérêt momentané : c'est ainsi, par exemple,
que la peinture hollandaise a su recréer les
apparences fugitives de la nature et en tirer
mille et mille effets. Velours, éclats de
métaux, lumière, chevaux, soldats, vieilles
femmes, paysans répandant autour d'eux la fumée
de leurs pipes, le vin brillant dans des verres
transparents, gars en vestes sales jouant aux
cartes, tous ces sujets et des centaines
d'autres qui, dans la vie courante, nous
intéressent à peine, car nous-mêmes, lorsque
nous jouons aux cartes ou lorsque nous buvons ou
bavardons de choses et d'autres, y trouvons des
intérêts tout à fait différents, défilent devant
nos yeux lorsque nous regardons ces tableaux :
mais ce qui nous attire dans ces contenus, quand
ils sont représentés par l'art, c'est justement
cette apparence et cette manifestation des
objets, en tant qu'oeuvres de l'esprit qui fait
subir au monde matériel, extérieur et sensible,
une transformation en profondeur. [... ]
Grâce à cette idéalité, l'art imprime une valeur
à des objets insignifiants en soi et que, malgré
leur insignifiance, il fixe pour lui, en en
faisant son but et en attirant notre attention
sur des choses qui, sans lui, nous échappaient
complètement.
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(28)
La plus haute signification de l'art est celle
qui lui est commune avec la religion et la
philosophie. Comme celles-ci, il est un mode
d'expression du divin, des besoins et exigences
plus élevés de l'esprit. Nous l'avons dit plus
haut : les peuples ont déposé dans l'art leurs
idées les plus hautes, et il constitue souvent
pour nous le seul moyen de comprendre la
religion d'un peuple. Mais il diffère de la
religion et de la philosophie par le fait qu'il
possède le pouvoir de donner de ces idées
élevées une présentation sensible qui nous les
rend accessibles. La pensée pénètre dans les
profondeurs d'un monde suprasensible... elle
cherche en toute liberté à satisfaire son besoin
de connaître, en s'élevant au-dessus de la
réalité finie. Mais cette rupture, opérée par
l'esprit, est suivie d'une conciliation, oeuvre
également de l'esprit ; il crée de lui-même les
oeuvres des beaux-arts qui constituent le
premier anneau intermédiaire destiné à rattacher
l'extérieur, le sensible et le périssable à la
pensée pure...
Si l'art sert à rendre l'esprit conscient de ses
intérêts, il est loin d'être le mode
d'expression le plus élevé de la vérité. [...]
Pour le moment, contentons-nous de rappeler que,
même par son contenu, l'art se heurte à
certaines limitations, qu'il opère sur une
matière sensible, de sorte qu'il ne peut avoir
pour contenu qu'un certain degré spirituel de la
vérité. L'Idée a en effet une existence plus
profonde qui ne se prête plus à l'expression
sensible : c'est le contenu de notre religion et
de notre culture. Ici, l'art revêt un autre
aspect que celui qu'il avait à des époques
antérieures. Et cette Idée plus profonde, dont
la pointe extrême est représentée par le
christianisme, échappe totalement à l'expression
sensible... Dans la hiérarchie des moyens
servant à exprimer l'absolu, la religion et la
culture issue de la raison occupent le degré le
plus élevé, bien supérieur à celui de l'art.
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Cette conscience de lui-même, l'homme l'acquiert
de deux manières : théoriquement, en prenant
conscience de ce qu'il est intérieurement, de
tous les mouvements de son âme, de toutes les
nuances de ses sentiments, en cherchant à se
représenter à lui-même, tel qu'il se découvre
par la pensée, et à se reconnaître dans cette
représentation qu'il offre à ses propres yeux.
Mais l'homme est également engagé dans des
rapports pratiques avec le monde extérieur, et
de ces rapports naît également le besoin de
transformer ce monde, comme lui-même, dans la
mesure où il en fait partie, en lui imprimant
son cachet personnel. Et il le fait, pour encore
se reconnaître lui-même dans la forme des
choses, pour jouir de lui-même comme d'une
réalité extérieure. On saisit déjà cette
tendance dans les premières impulsions de
l'enfant : il veut voir des choses dont il soit
lui-même l'auteur, et s'il lance des pierres
dans l'eau, c'est pour voir ces cercles qui se
forment et qui sont son oeuvre dans laquelle il
retrouve comme un reflet de lui-même. Ceci
s'observe dans de multiples occasions et sous
les formes les plus diverses, jusqu'à cette
sorte de reproduction de soi-même qu'est une
oeuvre d'art.
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(14) (22) ()
Le but de l'art, son besoin originel, c'est de
produire aux regards une représentation, une
conception née de l'esprit, de la manifester
comme son oeuvre propre ; de même que, dans le
langage, l'homme communique ses pensées et les
fait comprendre à ses semblables. Seulement,
dans le langage, le moyen de communication est
un simple signe, à ce titre, quelque chose de
purement extérieur à l'idée et d'arbitraire.
L'art au contraire, ne doit pas simplement se
servir de signes, mais donner aux idées une
existence sensible qui leur corresponde. Ainsi,
d'abord, l'oeuvre d'art, offerte aux sens, doit
renfermer en soi un contenu. De plus, il faut
qu'elle le représente de telle sorte que l'on
reconnaisse que celui-ci, aussi bien que sa
forme visible n'est pas seulement un objet réel
de la nature, mais un produit de la
représentation et de l'activité artistique de
l'esprit. L'intérêt fondamental de l'art
consiste en ce que ce sont les conceptions
objectives et originelles, les pensées
universelles de l'esprit humain qui sont
offertes à nos regards.
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Le vrai et le faux appartiennent à ces pensées
déterminées qui, privées de mouvement, valent
comme des essences particulières, dont l'une est
d'un côté quand l'autre est de l'autre côté, et
qui se posent et s'isolent dans leur rigidité
sans aucune communication l'une avec l'autre. À
l'encontre de cette conception, on doit affirmer
au contraire que la vérité n'est pas une monnaie
frappée qui, telle quelle, est prête à être
dépensée et encaissée. [...] Le faux (car il ne
s'agit ici que de lui) serait l'Autre, le
négatif de la substance, substance qui, comme
contenu du savoir, est le vrai. Mais la
substance est elle-même essentiellement le
négatif, en partie comme distinction et
détermination du contenu, en partie comme acte
simple de distinguer [...]. On peut bien savoir
d'une façon fausse. Savoir quelque chose d'une
façon fausse signifie que le savoir est dans un
état d'inégalité avec sa substance. Mais cette
inégalité est justement l'acte de distinguer en
général qui est moment essentiel. De cette
distinction dérive bien ensuite l'égalité des
termes distingués, et cette égalité devenue est
la vérité. Mais elle n'est pas la vérité dans un
sens qui impliquerait l'élimination de
l'inégalité, [...] la vérité n'est pas comme le
produit dans lequel on ne trouve plus trace de
l'outil ; mais l'inégalité est encore
immédiatement présente dans le vrai comme tel
[...]. Dans la locution "dans tout ce qui est
faux, il y a quelque chose de vrai ", les deux
termes sont pris comme l'huile et l'eau, qui
sans se mélanger sont assemblées seulement
extérieurement l'une avec l'autre. [...] De la
même façon, les expressions : unité du sujet et
de l'objet, du fini et de l'infini, [...]
présentent cet inconvénient que les termes
d'objet et de sujet désignent ce qu'ils sont en
dehors de leur unité ; dans leur unité ils n'ont
donc plus le sens que leur expression énonce ;
c'est justement ainsi que le faux n'est plus
comme faux un moment de la vérité.
-
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Si l'on confond l'État avec la société civile et
si on lui donne pour destination la tâche de
veiller à la sûreté, d'assurer la protection de
la propriété privée et de la liberté
personnelle, c'est l'intérêt des individus comme
tels qui est le but final en vue duquel ils se
sont unis et il s'ensuit qu'il est laissé au bon
vouloir de chacun de devenir membre de l'État.
Mais l'État a un tout autre rapport avec
l'individu ; étant donné que l'État est Esprit
objectif, l'individu ne peut avoir lui-même de
vérité, une existence objective et une vie
éthique que s'il est membre de l'État. L'union
en tant que telle est elle-même le véritable
contenu et le véritable but, car les individus
ont pour destination de mener une vie
universelle ; les autres formes de leur
satisfaction, de leur activité et de leur
conduite ont cet élément substantiel et
universel pour point de départ et pour résultat.
Considérée abstraitement, la rationalité
consiste en général dans l'union intime de
l'universalité et de la singularité. Considérée
concrètement, comme c'est le cas ici, elle
consiste, quant à son contenu, dans l'unité de
la liberté objective, c'est-à-dire de la volonté
substantielle générale et de la liberté
subjective, en tant que savoir individuel et
volonté cherchant à réaliser ses buts
particuliers - et pour cette raison, quant à sa
forme, elle consiste dans une façon d'agir se
déterminant selon des lois et des principes
pensés, c'est-à-dire universels. - Cette Idée
est l'être éternel et nécessaire en soi et pour
soi de l'Esprit. On peut sans doute se poser
plusieurs questions au sujet de l'État : par
exemple, celle des origines historiques de
l'État en général ou de tel ou tel État
particulier, de ses droits et de ses
déterminations. [...] Mais ce sont là des
questions qui ne concernent pas l'idée de l'État
elle-même. [...] La recherche philosophique n'a
affaire qu'à ce qui est intérieur à toutes ces
manifestations phénoménales, au concept pensé.
-
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Nous avons devant les yeux un immense tableau
fait d'événements et d'actions, de figures
infiniment variées de peuples, d'États,
d'individus qui se succèdent sans repos. Tout ce
qui peut passionner l'âme humaine, le sentiment
du bien, du beau, du grand, est ici mis en jeu.
Partout on se réclame de fins, on poursuit des
fins que nous acceptons, et dont nous désirons
l'accomplissement : nous espérons et nous
craignons pour elles. Dans ces événements, ces
incidents, nous sentons l'action et la
souffrance des hommes. [...] La question est de
savoir si, sous le tumulte qui règne à la
surface, ne s'accomplit pas une oeuvre
silencieuse et secrète, dans laquelle sera
conservée toute la force des phénomènes.
-
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On a forgé la fiction d'un état de nature
où serait valide le droit naturel, et en face
duquel l'état de société [...] provoquerait de
lui-même une limitation de la liberté et un
sacrifice des droits naturels. Mais, en fait, le
droit et toutes ses déterminations reposent
seulement sur la personnalité libre, qui est
bien plutôt le contraire de la détermination
naturelle. Par conséquent, [...] un état de
nature est un état d'exercice actif de la
violence et d'injustice, dont le plus vrai qu'on
puisse dire est qu'il faut y échapper. La
société, au contraire, est bien plutôt l'état
dans lequel seul le droit a son effectivité ; ce
qui est à limiter et à sacrifier, - c'est
précisément l'arbitraire et l'exercice actif de
la violence qui caractérisent l'état de nature.
-
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Nous avons devant les yeux un immense tableau
fait d'événements et d'actions, de figures
infiniment variées de peuples, d'États,
d'individus qui se succèdent sans repos. Tout ce
qui peut passionner l'âme humaine, le sentiment
du bien, du beau, du grand, est ici mis en jeu.
Partout on se réclame de fins, on poursuit des
fins que nous acceptons, et dont nous désirons
l'accomplissement : nous espérons et nous
craignons pour elles. Dans ces événements, ces
incidents, nous sentons l'action et la
souffrance des hommes. [...] La question est de
savoir si, sous le tumulte qui règne à la
surface, ne s'accomplit pas une oeuvre
silencieuse et secrète, dans laquelle sera
conservée toute la force des phénomènes.
-
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... Si l'artiste pense à la manière du
philosophe, il produit alors une oeuvre opposée
à celle de l'art, quant à la forme sous laquelle
une idée nous apparaît; car le rôle de
l'imagination se borne à révéler à notre esprit
la raison et l'essence des choses, non dans un
principe ou une conception générale, mais dans
une forme concrète et dans une réalité
individuelle. Par conséquent tout ce qui vit et
fermente dans son âme, l'artiste ne peut le
représenter qu'à travers les images et les
apparences sensibles qu'il a recueillies, tandis
qu'en même temps il sait maîtriser celles-ci
pour les approprier à son but et leur faire
recevoir et exprimer le vrai en soi d'une
manière parfaite. Dans ce travail intellectuel
qui consiste à façonner et à fondre ensemble
l'élément rationnel et la forme sensible,
l'artiste doit appeler à son aide à la fois une
raison active et fortement éveillée et une
sensibilité vive et profonde. C'est donc une
erreur grossière de croire que des poèmes comme
ceux d'Homère se sont formés comme un rêve
pendant le sommeil du poète. Sans la réflexion
qui sait distinguer, séparer, faire un choix,
l'artiste est incapable de maîtriser le sujet
qu'il veut mettre en oeuvre, et il est ridicule
de s'imaginer que le véritable artiste ne sait
pas ce qu'il fait.
-
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(10) (22)
Lorsque nous considérons ce spectacle des
passions et les conséquences de leur
déchaînement, lorsque nous voyons la déraison
s'associer non seulement aux passions, mais
aussi aux bonnes intentions et aux fins
légitimes, lorsque l'histoire nous met devant
les yeux le mal, l'iniquité, la ruine des
empires les plus florissants qu'ait produit le
génie humain, lorsque nous entendons avec pitié
les lamentations sans nom des individus, nous ne
pouvons qu'être remplis de tristesse à la pensée
de la caducité en général. Et étant donné que
ces ruines ne sont pas seulement l'oeuvre de la
nature, mais encore de la volonté humaine, le
spectacle de l'histoire risque à la fin de
provoquer une affliction morale et une révolte
de l'esprit du bien, si tant est qu'un tel
esprit existe en nous. On peut transformer ce
bilan en un tableau des plus terrifiants, sans
aucune exagération oratoire, rien qu'en relatant
avec exactitude les malheurs infligés à la
vertu, l'innocence, aux peuples et aux états et
à leurs plus beaux échantillons. On en arrive à
une douleur profonde, inconsolable, que rien ne
saurait apaiser. Pour la rendre supportable ou
pour nous arracher à son emprise, nous nous
disons: Il en a été ainsi; c'est le destin;on ne
peut rien y changer; et fuyant la tristesse de
cette douloureuse réflexion, nous nous retirons
dans nos affaires, nos buts et nos intérêts
présents, bref dans l'égoïsme qui, sur la rive
tranquille, jouit en sûreté du spectacle
lointain de la masse confuse des ruines.
-
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On a forgé la fiction d'un état de nature où
serait valide le droit naturel, et en face
duquel l'état de société [...] provoquerait de
lui-même une limitation de la liberté et un
sacrifice des droits naturels. Mais, en fait,
le droit et toutes ses déterminations reposent
seulement sur la personnalité libre, qui est
bien plutôt le con traire de la détermination
naturelle. Par conséquent, [ ...] un état de
nature est un état d'exercice actif de la
violence et d'injustice, dont le plus vrai
qu'on puisse dire est qu'il faut y échapper. La
société, au contraire, est bien plutôt l'état
dans lequel seul le droit a son effectivité ;
ce qui est à limiter et à sacrifier, c'est
précisément l'arbitraire et l'exercice actif de
la violence qui caractérisent l'état de nature.
-
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(2)
En ce qui concerne d’abord cette galerie
d’opinions que présenterait l’histoire de la
philosophie — sur Dieu, sur l’essence des objets
de la nature et de l’esprit — ce serait, si elle
ne faisait que cela, une science très superflue
et très ennuyeuse, alors même qu’on invoquerait
la multiple utilité à retirer d’une si grande
animation de l’esprit et d’une si grande
érudition. Qu’y a-t-il de plus inutile, de plus
ennuyeux qu’une suite de simples opinions ? On
n’a qu’à considérer des écrits qui sont des
histoires de la philosophie, en ce sens qu’ils
présentent et traitent les idées philosophiques
comme des opinions, pour se rendre compte à quel
point tout cela est sec, ennuyeux et sans
intérêt. Une opinion est une représentation
subjective, une idée quelconque, fantaisiste,
que je conçois ainsi et qu’un autre peut
concevoir autrement. Une opinion est mienne ; ce
n’est pas une idée en soi générale, existant en
soi et pour soi. Or la philosophie ne renferme
pas des opinions, il n’existe pas d’opinions
philosophiques.
-
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Le sensible doit être présent dans l'oeuvre
artistique mais avec cette restriction qu'il
s'agit seulement de l'aspect superficiel, de
l'apparence du sensible. [...] Ce que veut
l'Esprit, c'est la présence sensible qui doit
rester sensible mais qui doit être aussi
débarrassée de l'échafaudage de la matérialité.
C'est pourquoi le sensible est élevé dans l'art
à l'état de pure apparence par opposition à la
réalité immédiate des objets naturels. Ce n'est
pas encore de la pensée pure, mais en dépit de
son caractère sensible, ce n'est plus une
réalité purement matérielle. [...] Dans l'art il
faut voir [...] un déploiement de la Vérité qui
ne s'épuise pas comme histoire naturelle, mais
se révèle dans l'histoire universelle dont il
est le plus bel aspect.
-
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Lorsque nous considérons ce spectacle des
passions et les conséquences de leur
déchaînement, lorsque nous voyons la déraison
s’associer non seulement aux passions, mais
aussi et surtout aux bonnes intentions et aux
fins légitimes, lorsque l’histoire nous met
devant les yeux le mal, l’iniquité, la ruine des
empires les plus florissants qu’ait produits le
génie humain, lorsque nous entendons avec pitié
les lamentations sans nom des individus, nous ne
pouvons qu’être remplis de tristesse à la pensée
de la caducité en général. Et étant donné que
ces ruines ne sont pas seulement l’oeuvre de la
nature, mais encore de la volonté humaine, le
spectacle de l’histoire risque à la fin de
provoquer une affliction morale et une révolte
de l’esprit du bien, si tant est qu’un tel
esprit existe en nous. On peut transformer ce
bilan en un tableau des plus terrifiants, sans
aucune exagération oratoire, rien qu’en relatant
avec exactitude les malheurs infligés à la
vertu, l’innocence, aux peuples et aux Etats et
à leurs plus beaux échantillons. On en arrive à
une douleur profonde, inconsolable que rien ne
saurait apaiser. Pour la rendre supportable ou
pour nous arracher à son emprise, nous nous
disons: Il en a été ainsi; c’est le destin; on
n’y peut rien changer; et fuyant la tristesse de
cette douloureuse réflexion, nous nous retirons
dans nos affaires, nos buts et nos intérêts
présents, bref, dans l’égoïsme qui, sur la rive
tranquille, jouit en sûreté du spectacle
lointain de la masse confuse des ruines.
-
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C’est dans le mot
que nous pensons. Nous n’avons conscience de nos
pensées, nous n’avons de pensées déterminées et
réelles que lorsque nous leur donnons la forme
objective, que nous les différencions de notre
intériorité […]. C’est le son articulé, le mot,
qui seul nous offre une existence où l’externe
et l’interne sont intimement unis. Par
conséquent, vouloir penser sans les mots est une
tentative insensée. On croit ordinairement, il
est vrai, que ce qu’il y a de plus haut, c’est
l’ineffable. Mais c’est là une opinion
superficielle et sans fondement ; car en
réalité, l’ineffable, c’est la pensée obscure,
la pensée à l’état de fermentation, et qui ne
devient claire que lorsqu’elle trouve le mot.
Ainsi le mot donne à la pensée son existence la
plus haute et plus vraie.
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Dans l’histoire
universelle nous avons affaire à l’Idée telle
qu’elle se manifeste dans l’élément de la
volonté et de la liberté humaines. Ici la
volonté est la base abstraite de la liberté,
mais le produit qui en résulte forme l’existence
éthique du peuple. Le premier principe est
constitué par les passions humaines. Les deux
ensemble forment la trame et le fil de
l’histoire universelle. L’Idée en tant que telle
est la réalité ; les passions sont le bras avec
lequel elle gouverne […]
Ici ou là, les hommes défendent leurs buts
particuliers contre le droit général ; ils
agissent librement. Mais ce qui constitue le
fondement général, l’élément substantiel, le
droit n’en est pas troublé. Il en va de même
pour l’ordre du monde. Ses éléments sont d’une
part les passions, de l’autre la Raison. Les
passions constituent l’élément actif. Elles ne
sont pas toujours opposées à l’ordre éthique ;
bien au contraire, elles réalisent l’Universel.
En ce qui concerne la morale des passions il est
évident qu’elles n’aspirent qu’à leur propre
intérêt. De ce côté-ci, elles apparaissent comme
égoïstes et mauvaises. Or ce qui est actif est
toujours individuel : dans l’action je suis
moi-même, c’est mon propre but que je cherche à
accomplir. Mais ce but peut être bon, et même
universel. L’intérêt peut être tout à fait
particulier mais il ne s’ensuit pas qu’il soit
opposé à l’Universel. L’Universel doit se
réaliser par le particulier.
La passion est tenue pour une chose qui n’est
pas bonne, qui est plus ou moins mauvaise :
l’homme ne doit pas avoir des passions. Mais
passion n’est pas tout à fait le mot qui
convient pour ce que je veux désigner ici. Pour
moi, l’activité humaine en général dérive
d’intérêts particuliers, de fins spéciales ou,
si l’on veut, d’intentions égoïstes, en ce sens
que l’homme met toute l’énergie de son vouloir
et de son caractère au service de ces buts en
leur sacrifiant tout le reste. Ce contenu
particulier coïncide avec la volonté de l’homme
au point qu’il en constitue toute la
détermination et en est inséparable : c’est là
qu’il est ce qu’il est. Car l’individu est un «
existant » ; ce n’est pas l’ « homme général »,
celui-ci n’existant pas, mais, un homme
déterminé. Le mot « caractère » exprime aussi
cette détermination concrète de la volonté et de
l’intelligence. Mais le caractère comprend en
général toutes les particularités de l’individu,
sa manière de se comporter dans la vie privée,
etc. ; et n’indique pas la mise en action et en
mouvement de cette détermination. Je dirai donc
passion entendant par là la détermination du
vouloir n’ont pas un contenu purement privé,
mais constituent l’élément actif qui met en
branle des actions universelles. L’intention,
dans la mesure où elle est cette intériorité
impuissante que courtisent les caractères
faibles pour accoucher d’une souris, n’entre
évidemment pas dans nos considérations.
Nous disons donc que rien ne s’est fait sans
être soutenu par l’intérêt de ceux qui y ont
collaboré. Cet intérêt, nous l’appelons passion
lorsque, refoulant tous les autres intérêts ou
buts, l’individualité tout entière se projette
sur un objectif avec toutes les fibres
intérieures de son vouloir et concentre dans ce
but ses forces et tous ses besoins. En ce sens,
nous devons dire que rien de grand ne s’est
accompli dans le monde sans passion.
La passion, c’est tout d’abord l’aspect
subjectif, formel de l’énergie de la volonté et
de l’action. Le contenu ou le but en restent
encore indéterminés – aussi indéterminés que
dans le cas de la conviction, de l’opinion et de
la moralité personnelles. Il s’agit alors de
savoir quel est le contenu de ma conviction, le
but de ma passion, - de savoir aussi si l’un ou
l’autre est vrai. S’il est vrai, il faut qu’il
passe dans la réalité, dans l’existence : c’est
alors qu’intervient l’élément de la volonté
subjective, lequel comprend tous les besoins,
les désirs, les désirs, les passions aussi bien
que les opinions, les idées et les convictions
de l’individu.
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On dit volontiers
: mon vouloir a été déterminé par ces "mobiles",
circonstances, excitations et impulsions. La
formule implique d'emblée que je me sois ici
comporté de façon passive. Mais, en vérité, mon
comportement n'a pas été seulement passif ; il a
été actif aussi, et de façon essentielle, car
c'est mon vouloir qui a assumé telles
circonstances à titre de mobiles, qui les fait
valoir comme mobiles. Il n'est ici aucune place
pour la relation de causalité. Les circonstances
ne jouent point le rôle de causes et mon vouloir
n'est pas l'effet de ces circonstances. La
relation causale implique que ce qui est contenu
dans la cause s'ensuive nécessairement. Mais, en
tant que réflexion, je puis dépasser toute
détermination posée par les circonstances. Dans
la mesure où l'homme allègue (1) qu'il a été
entraîné par des circonstances, des excitations,
etc., il entend par là rejeter, pour ainsi dire,
hors de lui-même sa propre conduite, mais ainsi
il se réduit tout simplement à l'état d'essence
non-libre ou naturelle, alors que sa conduite,
en vérité, est toujours sienne, non celle d'un
autre ni l'effet de quelque chose qui existe
hors de lui. Les circonstances ou mobiles n'ont
jamais sur les hommes que le pouvoir qu'il leur
accorde lui-même."
-
Accéder au corrigé ()
Lors donc que le texte, en tant qu'oeuvre d'art
poétique, présente par lui - même une valeur
indépendante, il ne peut attendre de la musique
qu'un appui très léger, comme c'était le cas des
choeurs du drame antique où la musique ne jouait
que le rôle subordonné d'un simple
accompagnement. Si c'est, au contraire la
musique qui se présente avec des prétentions à
une valeur indépendante, c'est le texte qui,
dans son exécution poétique, doit être plus
superficiel et s'en tenir à l'expression de
sentiments et de représentations tout à fait
généraux. Les élaborations poétiques de pensées
profondes sont aussi peu compatibles avec un bon
texte musical que les descriptions d'objets
extérieurs et la poésie descriptive en général.
Des lieder, des textes d'opéra, des textes
d'oratorios, etc., peuvent ainsi, au point de
vue purement poétique, être maigres et d'une
certaine médiocrité ; pour que le musicien ait
toute liberté d'action, le poète ne doit pas
chercher à se faire admirer.
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Accéder au corrigé ()
La religion est une forme, un mode de la
conscience qui exprime comment la vérité est
faite pour tous les hommes. La connaissance
philosophique, au contraire, est une forme
particulière de la vérité dans la conscience.
Elle n'appartient pas à tous les hommes, mais à
un petit nombre d'entre eux. Le contenu de la
vérité est, dans les deux cas, le même, mais
comme le dit Homère de certaines choses,
qu'elles ont deux noms, l'un dans le langage des
dieux, et l'autre dans celui des êtres mortels,
ainsi, il y a pour ce contenu deux langages : le
langage du sentiment, de l'imagination et de
l'entendement, ou de la pensée qui se meut dans
des catégories finies et dans des abstractions,
et le langage de la notion concrète.
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Accéder au corrigé (8)
La sauvagerie, force et puissance de l'homme
dominé par les passions, [...] peut être adoucie
par l'art, dans la mesure où celui-ci représente
à l'homme les passions elles-mêmes, les
instincts et, en général, l'homme tel qu'il est.
Et en se bornant à dérouler le tableau des
passions, l'art alors même qu'il les flatte, le
fait pour montrer à l'homme ce qu'il est, pour
l'en rendre conscient. C'est [...] en cela que
consiste son action adoucissante, car il met
ainsi l'homme en présence de ses instincts,
comme s'ils étaient en dehors de lui, et lui
confère de ce fait une certaine liberté à leur
égard. Sous ce rapport, on peut dire de l'art
qu'il est un libérateur. Les passions perdent
leur force, du fait même qu'elles sont devenues
objets de représentations, objets tout court.
L'objectivation des sentiments a justement pour
effet de leur enlever leur intensité et de nous
les rendre extérieurs, plus ou moins étrangers.
Par son passage dans la représentation, le
sentiment sort de l'état de concentration dans
lequel il se trouvait en nous et s'offre à notre
libre jugement.
-
Accéder au corrigé
(12)
On recommande aux rois, aux hommes d'État, aux
peuples de s'instruire principalement par
l'expérience de l'histoire. Mais l'expérience et
l'histoire nous enseignent que peuples et
gouvernements n'ont jamais rien appris de
l'histoire, qu'ils n'ont jamais agi suivant les
maximes qu'on aurait pu en tirer. Chaque époque,
chaque peuple se trouve dans des conditions si
particulières, forme une situation si
particulière, que c'est seulement en fonction de
cette situation unique qu'il doit se décider :
les grands caractères sont précisément ceux qui,
chaque fois, ont trouvé la solution appropriée.
Dans le tumulte des événements du monde, une
maxime générale est d'aussi peu de secours que
le souvenir des situations analogues qui ont pu
se produire dans le passé, car un pâle souvenir
est sans force dans la tempête qui souffle sur
le présent; il n'a aucun pouvoir sur le monde
libre et vivant de l'actualité. L'élément qui
façonne l'histoire est d'une tout autre nature
que les réflexions tirées de l'histoire.
-
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(28)
L'Esprit est
essentiellement le résultat de son activité ;
son activité c'est le dépassement de
l'immédiateté, la négation de celle-ci et le
retour en soi. nous pouvons le comparer à la
semence, car avec celle-ci la plante commence,
mais elle est aussi le résultat de toute sa vie.
L'impuissance de la vie se manifeste en ceci que
commencement et résultat se divisent. De même
dans la vie des individus et des peuples. La vie
d'un peuple fait mûrir un fruit ; car son
activité vise à achever son principe. Mais ce
fruit ne retombe pas dans le giron du peuple qui
l'a produit et mûrit ; au contraire il devient
pour lui une boisson amère. Le peuple ne peut
s'en séparer, car il en a une soif infinie, mais
goûter à ce breuvage est sa ruine, en même temps
toutefois c'est le lever d'un nouveau principe.
Nous nous sommes précédemment expliqués sur la
fin de ce progrès. Les principes des génies
nationaux en une série nécessaire ne sont
eux-mêmes que les moments de l'unique Esprit
universel qui grâce à eux dans l'histoire
s'élève à une totalité, s'appréhendant elle-même
et conclut. N'ayant affaire qu'à l'idée de
l'Esprit et ne considérant tout dans l'histoire
que comme son apparition, nous n'avons donc
affaire, quand nous parcourons le passé quelle
qu'en soit l'étendue qu'à de l'actuel ; car la
philosophie, en tant que se préoccupant du vrai,
n'a affaire qu'à de l'éternellement actuel. Pour
elle rien n'est perdu dans le passé, car l'Idée
est présente, l'Esprit immortel, c'est-à-dire
qu'il n'est pas passé et qu'il n'est pas
inexistant encore, mais il est maintenant
essentiellement.
-
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(11)
L'Esprit en
marche vers une nouvelle forme est l'âme interne
de tous les individus; il est leur intériorité
inconsciente, que les grands hommes porteront à
la conscience. Leur oeuvre est donc ce que
visait la véritable volonté des autres ; c'est
pourquoi elle exerce sur eux un pouvoir qu'ils
acceptent malgré les réticences de leur volonté
consciente : s'ils suivent ces conducteurs
d'âmes, c'est parce qu'ils y sentent la
puissance irrésistible de leur propre esprit
intérieur venant à leur rencontre.
Si, allant plus loin, nous jetons un regard sur
la destinée de ces individus historiques, nous
voyons qu'ils ont eu le bonheur d'être les
agents d'un but qui constitue une étape dans la
marche progressive de l'Esprit universel. Mais
en tant que sujets distincts de leur substance,
ils n'ont pas été ce qu'on appelle communément
heureux. Ils n'ont pas voulu trouver le bonheur,
mais atteindre leur but, et ce but, ils l'ont
atteint par un labeur pénible. Ils ont su
trouver la satisfaction, réaliser leur but, le
but universel. Placés devant un but aussi grand,
ils se sont audacieusement proposé de le servir
contre toute l'opinion des hommes. Ce n'est pas
le bonheur qu'ils ont choisi, mais la peine, le
combat et le travail pour leur but. Leur but une
fois atteint, ils n'en sont pas venus à une
paisible jouissance, ils n'ont pas été heureux.
-
Accéder au corrigé (1)
Au sujet de cette
prétention d'enseigner comment doit être le
monde, nous faisons observer que, de toute façon
la philosophie vient toujours trop tard. Comme
pensée du monde la philosophie surgit seulement
lorsque la réalité a opéré et achevé son
processus d'évolution. Ce que le concept
démontre, l'histoire le montre avec la même
nécessité : c'est dans la maturité des êtres que
l'idéal se pose en face du réel et après avoir
saisi le monde lui-même dans son essence le
reconstruit sous la forme d'un empire d'idées.
Lorsque la philosophie peint sa grisaille dans
la grisaille une forme de la vie a déjà fini de
vieillir. Il n'est pas question de la rajeunir
avec du gris sur du gris, mais seulement de la
connaître. C'est seulement à la tombée du jour
que l'oiseau de Minerve prend son essor.
-
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(28)
L'État est la réalité effective de la liberté
concrète. Or, la liberté concrète consiste en
ceci que la personne individuelle et ses
intérêts particuliers trouvent leur
développement complet et obtiennent la
reconnaissance de leur [droit-pour-soi] (dans le
système de la famille et de la société civile) ;
mais elle consiste aussi bien en ceci que, d'une
part, ils passent (d'eux-mêmes) à l'intérêt de
l'universel et que, d'autre part, avec leur
savoir et leur vouloir, ils reconnaissent cet
universel, le reconnaissent comme leur propre
esprit substantiel et agissent en vue de
l'universel comme de leur but final. Il en
résulte que l'universel ne vaut et ne peut
s'accomplir sans l'intérêt, le savoir et le
vouloir particuliers et que pareillement, les
individus ne vivent pas uniquement pour leur
propre intérêt comme de simples personnes
privées, sans vouloir en même temps dans et pour
l'universel, sans avoir une activité consciente
de ce but. Le principe des États modernes a
cette force et cette profondeur prodigieuses de
permettre au principe de la subjectivité de
s'accomplir au point de devenir l'extrême
autonome de la particularité personnelle et de
le ramener en même temps dans l'unité
substantielle et ainsi de conserver en lui-même
cette unité substantielle.
-
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(28)
Autant il est essentiel de souligner la
détermination pure de la volonté par soi, sans
condition, comme la racine du devoir et autant,
par conséquent, il est vrai de dire que la
reconnaissance de la volonté a attendu la
philosophie kantienne pour gagner son fondement
solide et son point de départ, autant
l'affirmation du point de vue simplement moral
qui ne se transforme pas en concept de moralité
objective réduit ce gain à un vain formalisme et
la science morale à une rhétorique sur le devoir
en vue du devoir. De ce point de vue, aucune
doctrine immanente du devoir n'est possible. On
peut bien emprunter une matière au dehors, et
arriver ainsi à des devoirs particuliers, mais
de cette définition du devoir comme absence de
contradiction ou comme accord formel avec soi,
qui n'est rien d'autre que l'affirmation de
l'indétermination abstraite, on ne peut passer à
la définition des devoirs particuliers et, quand
un contenu particulier de conduite vient à être
considéré, le principe ci-dessus ne fournit pas
de critérium pour savoir si c'est un devoir ou
non. Au contraire, toute conduite injuste ou
immorale peut être justifiée de cette manière.
La formule kantienne plus précise : la capacité
pour une action d'être représentée comme maxime
universelle, introduit sans doute la
représentation plus concrète d'un état de fait,
mais ne contient pour soi pas d'autre principe
nouveau que ce manque de contradiction et
l'identité formelle. Qu'aucune propriété
n'existe ne contient pour soi pas plus de
contradiction que le fait que ce peuple, cette
famille, etc., n'existent pas ou bien
qu'absolument aucun homme ne vive. Si, par
ailleurs, il est posé pour soi-même et supposé
que la propriété et la vie humaine doivent être
respectées, alors c'est une contradiction
d'accomplir un meurtre ou un vol ; une
contradiction ne peut se produire qu'avec
quelque chose, c'est-à-dire avec un contenu qui
est déjà établi d'avance comme principe ferme.
Ce n'est que par rapport à un tel principe que
l'action est ou en accord ou en contradiction.
Mais le devoir qui doit être voulu seulement
comme tel et non en vue d'un contenu, l'identité
formelle, ce sera d'éliminer précisément tout
contenu et toute détermination.
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L'esthétique a pour objet le vaste empire du
beau... et pour employer l'expression qui
convient le mieux à cette science, c'est la
philosophie de l'art ou, plus précisément, la
philosophie des beaux-arts.
Mais cette définition, qui exclut de la science
du beau le beau dans la nature, pour ne
considérer que le beau dans l'art, ne peut-elle
paraître arbitraire ? [...] Dans la vie
courante, on a coutume, il est vrai, de parler
de belles couleurs, d'un beau ciel, d'un beau
torrent, et encore de belles fleurs, de beaux
animaux et même de beaux hommes. Nous ne voulons
pas ici nous embarquer dans la question de
savoir dans quelle mesure la
qualité de beauté peut être attribuée
légitimement à de tels objets et si, en général,
le beau naturel peut être mis en parallèle avec
le beau artistique. Mais il est permis de
soutenir dès maintenant que le beau artistique
est plus élevé que le beau dans la nature. Car
la beauté artistique est la beauté née et comme
deux fois née de l'esprit. Or, autant l'esprit
et ses créations sont plus élevés que la nature
et ses manifestations, autant le beau artistique
est lui aussi plus élevé que la beauté de la
nature.
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L'expérience et l'histoire nous enseignent que
peuples et gouvernements n'ont jamais rien
appris de l'histoire, qu'ils n'ont jamais agi
suivant les maximes qu'on aurait pu en tirer.
Chaque époque, chaque peuple se trouve dans des
conditions si particulières, forme une situation
si particulière, que c'est seulement en fonction
de cette situation unique qu'il doit se décider
: les grands caractères sont précisément ceux
qui, chaque fois, ont trouvé la solution
appropriée. Dans le tumulte des événements du
monde, une maxime générale est d'aussi peu de
secours que le souvenir des situations analogues
qui ont pu se produire dans le passé, car un
pâle souvenir est sans force dans la tempête qui
souffle sur le présent ; il n'a aucun pouvoir
sur le monde libre et vivant de l'actualité.
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Rien ne s'est fait sans être soutenu par
l'intérêt de ceux qui y ont collaboré ; et
appelant l'intérêt une passion, en tant que
l'individualité tout entière, en mettant à
l'arrière-plan tous les autres intérêts et fins
que l'on a et peut avoir, se projette en un
objet avec toutes les fibres intérieures de son
vouloir, concentre dans cette fin tous ses
besoins et toutes ses forces, nous devons dire
d'une façon générale que rien de grand ne s'est
accompli dans le monde sans passion.
[...] La passion est regardée comme une chose
qui n'est pas bonne, qui est plus ou moins
mauvaise ; l'homme ne doit pas avoir de passion.
Passion n'est pas d'ailleurs le mot tout à fait
exact pour ce que je veux désigner ici,
j'entends en effet,
ici, d'une manière générale l'activité de
l'homme dérivant d'intérêts particuliers, [...]
d'intentions égoïstes, en tant que dans ces fins
il met toute l'énergie de son vouloir et de son
caractère en leur sacrifiant [... ] tout le
reste. [...]
Je dirais donc passion, entendant par là, la
détermination particulière du caractère en tant
que ces déterminations du vouloir n'ont pas un
contenu uniquement privé, mais constituent
l'élément moteur et énergique d'actions
générales.
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C'est dans les mots que nous pensons. Nous
n'avons conscience de nos pensées déterminées et
réelles que lorsque nous leur donnons la forme
objective, que nous les différencions de notre
intériorité, et par suite nous les marquons
d'une forme externe, mais d'une forme qui
contient aussi le caractère de l'activité
interne la plus haute. C'est le son articulé, le
mot, qui seul nous offre une existence où
l'externe et l'interne sont si intimement unis.
Par conséquent, vouloir penser sans les mots,
c'est une tentative insensée. Et il est
également absurde de considérer comme un
désavantage et comme un défaut de la pensée
cette nécessité qui lie celle-ci au mot. On
croit ordinairement, il est vrai, que ce qu'il y
a de plus haut, c'est l'ineffable. Mais c'est là
une opinion superficielle et sans fondement ;
car, en réalité, l'ineffable, c'est la pensée
obscure, la pensée à l'état de fermentation, et
qui ne devient claire que lorsqu'elle trouve le
mot. Ainsi le mot donne à la pensée son
existence la plus haute et la plus vraie.
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Cette conscience de lui-même, l'homme l'acquiert
de deux manières : théoriquement, en prenant
conscience de ce qu'il est intérieurement, de
tous les mouvements de son âme, de toutes les
nuances de ses sentiments, en cherchant à se
représenter à lui-même, tel qu'il se découvre
par la pensée, et à se reconnaître dans cette
représentation qu'il offre à ses propres yeux.
Mais l'homme est également engagé dans des
rapports pratiques avec le monde extérieur, et
de ces rapports naît également le besoin de
transformer ce monde, comme lui-même, dans la
mesure où il en fait partie, en lui imprimant
son cachet personnel. Et il le fait pour encore
se reconnaître lui-même dans la forme des
choses, pour jouir de lui-même comme d'une
réalité extérieure. On saisit déjà cette
tendance dans les premières impulsions de
l'enfant : il veut avoir des choses dont il soit
lui-même l'auteur, et s'il lance des pierres
dans l'eau, c'est pour voir ces cercles qui se
forment et qui sont son oeuvre dans laquelle il
retrouve comme un reflet de lui-même. Ceci
s'observe dans de multiples occasions et sous
les formes les plus diverses, jusqu'à cette
sorte de reproduction de soi-même qu'est une
oeuvre d'art.
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Il n'est pas difficile de voir que notre temps
est un temps de gestation et de transition à une
nouvelle période ; l'esprit a rompu avec le
monde de l'existence et de la représentation qui
a duré jusqu'à maintenant; il est sur le point
d'enfouir ce monde dans le passé, et il est dans
le travail de sa propre transformation. En
vérité, l'esprit ne se trouve jamais dans un
état de repos, mais il est toujours emporté dans
un mouvement indéfiniment progressif ; seulement
il en est ici comme dans le cas de l'enfant ;
après une longue et silencieuse nutrition, la
première respiration, dans un saut qualitatif,
interrompt brusquement la continuité de la
croissance seulement quantitative, et c'est
alors que l'enfant est né ; ainsi l'esprit qui
se forme mûrit lentement et silencieusement
jusqu'à sa nouvelle figures, désintègre fragment
par fragment l'édifice de son monde précédent ;
l'ébranlement de ce monde est seulement indiqué
par des symptômes sporadiques : la frivolité et
l'ennui qui envahissent ce qui subsiste encore,
le pressentiment vague d'un inconnu sont les
signes annonciateurs de quelque chose d'autre
qui est en marche. Cet émiettement continu qui
n'altérait pas la physionomie du tout est
brusquement interrompu par le lever du soleil,
qui, dans un éclair, dessine en une fois la
forme du nouveau monde.
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Pour se faire valoir et être reconnue comme
libre, il faut que la conscience de soi se
représente pour une autre comme libérée de la
réalité naturelle présente. Ce moment n’est pas
moins nécessaire que celui qui correspond à la
liberté de la conscience de soi en elle-même.
L’égalité absolue du Je par rapport à lui-même
n’est pas une égalité essentiellement immédiate,
mais une égalité qui se constitue en supprimant
l’immédiateté sensible et qui, de la sorte,
s’impose aussi à un autre Je comme libre et
indépendante du sensible. Ainsi la conscience de
soi se révèle conforme à son concept et,
puisqu’elle donne réalité au Je, il est
impossible qu’elle ne soit pas reconnue.
Mais l’autonomie est moins la liberté qui sort
de la présence sensible immédiate et qui se
détache d’elle que, bien plutôt, la liberté au
sein de cette présence. Ce moment est aussi
nécessaire que l’autre, mais ils ne sont pas
d’égale valeur. Par suite de l’inégalité qui
tient à ce que, pour l’une des deux consciences
de soi, la liberté a plus de valeur que la
réalité sensible présente, tandis que, pour
l’autre, cette présence assume, au regard de la
liberté, valeur de réalité essentielle, c’est
alors que s’établit entre elles, avec
l’obligation réciproque d’être reconnues dans la
réalité effective et déterminée, la relation
maîtrise-servitude, ou, absolument parlant,
servitude-obéissance dans la mesure où cette
différence d’autonomie est donnée par le rapport
naturel immédiat.
Puisqu’il est nécessaire que chacune des deux
consciences de soi, qui s’opposent l’une à
l’autre, s’efforce de se manifester et de
s’affirmer, devant l’autre et pour l’autre,
comme un être-pour-soi absolu, par là même celle
qui a préféré la vie à la liberté, et qui se
révèle impuissante à faire, par elle-même et
pour assurer son indépendance, abstraction de sa
réalité sensible présente, entre ainsi dans le
rapport de servitude.
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Les choses de la nature se contentent d'être,
elles sont simples, ne sont qu'une fois, mais
l'homme en tant que conscience, se dédouble : il
est une fois, mais il est pour lui-même [...].
Cette conscience de lui-même, l'homme l'acquiert
de deux manières : théoriquement, en prenant
conscience de ce qu'il est intérieurement, de
tous les mouvements de son âme, de toutes les
nuances de ses sentiments, en cherchant à se
représenter à lui-même, tel qu'il se découvre
par la pensée, et à se reconnaître dans cette
représentation qu'il offre à ses propres yeux.
Mais l'homme est également engagé dans des
rapports pratiques' avec le monde extérieur, et
de ces rapports naît également le besoin de
transformer ce monde comme lui-même, dans la
mesure où il en fait partie, en lui imprimant
son cachet personnel. Et il le fait, pour encore
se reconnaître lui-même dans la forme des
choses.
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On recommande aux rois, aux hommes d'État, aux
peuples de s'instruire principalement par
l'expérience de l'histoire. Mais l'expérience et
l'histoire nous enseignent que peuples et
gouvernements n'ont jamais rien appris de
l'histoire, qu'ils n'ont jamais agi suivant les
maximes qu'on aurait pu en tirer. Chaque époque,
chaque peuple se trouve dans des conditions si
particulières, forme une situation si
particulière, que c'est seulement en fonction de
cette situation unique qu'il doit se décider :
les grands caractères sont précisément ceux qui,
chaque fois, ont trouvé la solution appropriée.
Dans le tumulte des événements du monde, une
maxime générale est d'aussi peu de secours que
le souvenir des situations analogues qui ont pu
se produire dans le passé, car un pâle souvenir
est sans force dans la tempête qui souffle sur
le présent ; il n'a aucun pouvoir sur le monde
libre et vivant de l'actualité. L'élément qui
façonne l'histoire est d'une tout autre nature
que les réflexions tirées de l'histoire.
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L'opinion la plus courante qu'on se fait de la
fin que se propose l'art, c'est qu'elle consiste
à imiter la nature.
Dans cette perspective, l'imitation,
c'est-à-dire l'habileté à reproduire avec une
parfaite fidélité les objets naturels, tels
qu'ils s'offrent à nous, constituerait le but
essentiel de l'art, et quand cette reproduction
fidèle serait bien réussie, elle nous donnerait
une complète satisfaction. Cette définition
n'assigne à l'art que le but tout formel de
refaire à son tour, aussi bien que ses moyens le
lui permettent, ce qui existe déjà dans le monde
extérieur, et de le reproduire tel quel. Mais on
peut remarquer tout de suite que cette
reproduction est du travail superflu, car ce que
nous voyons représenté et reproduit sur des
tableaux, à la scène ou ailleurs : animaux,
paysages, situations humaines, nous le trouvons
déjà dans nos jardins, dans notre maison ou
parfois dans ce que nous tenons du cercle plus
ou moins étroit de nos amis et connaissances. En
outre, ce travail superflu peut passer pour un
jeu présomptueux, qui reste bien en deçà de la
nature.
Car l'art est limité dans ses moyens
d'expression et ne peut produire que des
illusions partielles qui ne trompent qu'un seul
sens; en fait, quand l'art s'en tient au but
formel de la stricte imitation, il ne nous
donne, à la place du réel et du vivant, que la
caricature de la vie.
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En effet, le rationnel qui est synonyme de
l'idée, en entrant avec sa réalité dans
l'existence extérieure, acquiert ainsi une
richesse infinie de formes, d'apparences et de
manifestations, il s'enveloppe comme un noyau
d'une écorce dans laquelle la conscience se loge
d'abord mais que le concept pénètre enfin pour
découvrir la pulsation intérieure et la sentir
battre même sous l'apparence extérieure. [...]
Concevoir ce qui est, c'est la tâche de la
philosophie, car ce qui est, c'est la raison.
[...] Ce qu'il y a entre la raison comme esprit
conscient de soi, et la raison comme réalité
donnée, ce qui sépare la première de la seconde,
et l'empêche d'y trouver sa satisfaction, c'est
qu'elle est enchaînée à l'abstraction dont elle
ne se libère pas pour atteindre le concept.
Reconnaître la raison comme la rose dans la
croix de la souffrance présente, c'est la vision
rationnelle et médiatrice qui réconcilie avec la
réalité [...].
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Dieu gouverne le monde ; le contenu de son
gouvernement, l'accomplissement de son plan est
l'histoire universelle. Saisir ce plan, voilà la
tâche de la philosophie de l'histoire, et
celle-ci présuppose que l'Idéal se réalise, que
seul ce qui est conforme à l'Idée est réel. A la
pure lumière de cette Idée divine, laquelle
n'est pas un simple idéal, s'évanouit
l'apparence que le monde est un devenir insensé.
La philosophie veut connaître le contenu, la
réalité de l'idée divine et justifier la réalité
méprisée. Car la Raison est l'intellection de
l'oeuvre divine.
Ce qu'on appelle « réalité » est sujet à caution
aux yeux de la philosophie : elle le considère
comme quelque chose qui peut paraître, mais qui
n'est pas en soi et pour soi réel. On pourrait
interpréter cette conception comme une sorte de
consolation face à l'image qu'on se fait du
malheur absolu et de la folie qui règnent par le
monde. Mais la consolation est une compensation
factice d'un mal qui n'aurait pas dû se produire
; son domaine est celui des choses finies. Aussi
bien la philosophie n'est pas une consolation,
elle est quelque chose de plus. Elle réconcilie
; elle transfigure le réel qui paraît injuste et
l'élève jusqu'au rationnel, en montrant qu'il
est fondé sur l'Idée elle-même et en mesure de
donner satisfaction à la raison. Car c'est dans
la Raison que réside le Divin.
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Dans la mesure où l'individu porte en soi la
connaissance, la foi et la volonté de
l'Universel, l'État est la réalité où il trouve
sa liberté et la jouissance de sa liberté. Ainsi
l'État est le lieu de convergence de tous les
autres côtés concrets de la vie : art, droit,
moeurs, commodités de l'existence. Dans l'État,
la liberté devient objective et se réalise
positivement. Cela ne signifie nullement que la
volonté générale soit un moyen que la volonté
subjective des particuliers utilise pour
parvenir à ses fins et à la jouissance
d'elle-même. Ce qui constitue l'État n'est pas
une forme de la vie en commun dans laquelle la
liberté de tous les individus doit être limitée.
On s'imagine que la société est une
juxtaposition d'individus et qu'en limitant leur
liberté les individus font de sorte que cette
limitation commune et cette gêne réciproque
laissent à chacun une petite place où il peut se
livrer à lui-même. C'est là une conception
purement négative de la liberté. Bien au
contraire, le droit, l'ordre éthique, l'État
constituent la seule réalité positive et la
seule satisfaction de la liberté.
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En s'engageant à propos de l'art dans l'étude
des sentiments, on se heurte à des généralités
dépourvues de contenu. Le contenu propre de
l'oeuvre d'art doit rester en dehors de ces
considérations, sous peine de ne pas être ce
qu'il doit être.
En disant que chaque forme de sentiment a son
contenu, on n'énonce rien sur la nature
essentielle et précise du sentiment, lequel
reste un état purement subjectif, un milieu des
plus abstraits dans lequel la chose concrète
disparaît. Le point principal est celui-ci : le
sentiment est subjectif, mais l'oeuvre d'art
doit avoir un caractère d'universalité,
d'objectivité. En la contemplant, je dois
pouvoir m'y plonger, jusqu'à m'oublier moi-même;
mais le sentiment a toujours un côté
particulier, et c'est pourquoi les hommes
ressentent si facilement. L'oeuvre d'art doit,
comme la religion, nous faire oublier le
particulier pendant que nous sommes en train de
l'examiner; en l'examinant à la lumière du
sentiment, nous ne considérons pas la chose en
elle même, mais nous-mêmes avec nos
particularités subjectives. Du fait que
l'attention se trouve concentrée sur les petites
particularités du sujet, un pareil examen
devient une occupation fastidieuse, désagréable.
Une réflexion qui se rattache à ce que nous
venons de dire est celle-ci : l'art a un but qui
lui est commun avec beaucoup d'autres
manifestations de l'esprit et qui consiste à
s'adresser aux sens et à éveiller, susciter des
sentiments. Et pour être plus précis, on ajoute
que l'art est fait pour éveiller en nous le
sentiment du beau. Ce sens ne serait pas
inhérent à l'homme, en tant qu'instinct, ou
comme quelque chose qui lui serait imparti par
la nature et qu'il posséderait dès sa naissance,
comme il possède ses organes, l'oeil par
exemple. Non, il s'agirait d'un sens qui a
besoin d'être formé et qui, une fois formé,
deviendrait ce qu'on appelle le goût.
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L'esprit étant supérieur à
la nature, sa supériorité se communique
également à ses produits, et par conséquent à
l'art. C'est pourquoi le beau artistique est
supérieur au beau naturel. Tout ce qui vient de
l'esprit est supérieur à ce qui existe dans la
nature. La plus mauvaise idée qui traverse
l'esprit d'un homme est meilleure et plus élevée
que la plus grande production de la nature, et
cela justement parce qu'elle participe de
l'esprit et que le spirituel est supérieur au
naturel. En examinant de près le contenu du beau
naturel, le Soleil, par exemple, on constate
qu'il constitue un moment absolu, essentiel,
dans l'existence, dans l'organisation de la
nature, tandis qu'une mauvaise idée est quelque
chose de passager et de fugitif. Mais, en
considérant ainsi le Soleil du point de vue de
sa nécessité et du rôle nécessaire qu'il joue
dans l'ensemble de la nature, nous perdons de
vue sa beauté, nous en faisons pour ainsi dire
abstraction, pour ne tenir compte que de sa
nécessaire existence. Or, le beau artistique
n'est engendré que par l'esprit, et c'est en
tant que produit de l'esprit qu'il est supérieur
à la nature.
Il est vrai que «supérieur» est un qualificatif
vague. Aussi bien, en disant que le beau
artistique est supérieur au beau naturel
convient-il de préciser ce que nous entendons
par là ; le comparatif « supérieur» ne désigne
qu'une différence quantitative ; autant dire
qu'il ne signifie rien. Ce qui est au-dessus
d'une autre chose ne diffère de cette autre
chose qu'au point de vue spatial et peut lui
être égal par ailleurs. Or, la différence entre
le beau artistique et le beau naturel n'est pas
une simple différence quantitative. Le beau
artistique tient sa supériorité du fait qu'il
participe de l'esprit et, par conséquent, de la
vérité, si bien que ce qui existe n'existe que
dans la mesure où il doit son existence à ce qui
lui est supérieur et n'est ce qu'il est et ne
possède ce qu'il possède que grâce à ce
supérieur. Le spirituel seul est vrai. Ce qui
existe n'existe que dans la mesure où il est
spiritualité. Le beau naturel est donc un
réflexe de l'esprit.
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L'universalité du besoin d'art ne tient pas à
autre chose qu'au fait que l'homme est un être
pensant et doué de conscience. En tant que doué
de conscience, l'homme doit se placer en face de
ce qu'il est, de ce qu'il est d'une façon
générale, et en faire un objet pour soi. Les
choses de la nature se contentent d'être, elles
sont simples, ne sont qu'une fois, mais l'homme,
en tant que conscience, se dédouble : il est une
fois, mais il est pour lui-même. Il chasse
devant lui ce qu'il est; il se contemple, se
représente lui-même. Il faut donc chercher le
besoin général qui provoque une oeuvre d'art
dans la pensée de l'homme, puisque l'oeuvre
d'art est un moyen à l'aide duquel l'homme
extériorise ce qu'il est.
Cette conscience de lui-même, l'homme l'acquiert
de deux manières : théoriquement, en prenant
conscience de ce qu'il est intérieurement, de
tous les mouvements de son âme, de toutes les
nuances de ses sentiments, en cherchant à se
représenter lui-même, tel qu'il se découvre par
la pensée, et à se reconnaître dans cette
représentation qu'il offre à ses propres yeux.
Mais l'homme est également engagé dans des
rapports pratiques avec le monde extérieur, et,
de ces rapports, naît également le besoin de
transformer ce monde, comme lui-même, dans la
mesure où il en fait partie, en lui imprimant
son cachet personnel. Et il le fait, pour encore
se reconnaître lui-même dans la forme des
choses, pour jouir de lui-même comme d'une
réalité extérieure. On saisit déjà cette
tendance dans les premières impulsions de
l'enfant : il veut voir des choses dont il soit
lui-même l'auteur, et, s'il lance des pierres
dans l'eau, c'est pour voir ces cercles qui se
forment et qui sont son oeuvre, dans laquelle il
retrouve comme un reflet de lui-même.
Ceci s'observe dans de multiples occasions et
sous les formes les plus diverses, jusqu'à cette
forme de reproduction de soi-même qu'est
l'oeuvre d'art.
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[Le temps] est l'être qui, en étant, n'est pas
et n'étant pas, est. [...] Les dimensions du
temps, le présent, le futur et le passé, sont le
devenir de l'extériorité et sa résolution dans
les différences de l'être en tant que passage au
néant, et du néant à l'être. La disparition
immédiate de ces différences dans
l'individualité, c'est le présent, comme actuel
qui en tant qu'individualité est exclusif, et
qui en même temps se continuant dans les autres
moments, n'est lui-même que cette disparition de
son être dans le néant et du néant dans son
être.
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Cette possibilité absolue de m'abstraire de
toute détermination dans laquelle je me trouve
ou me suis placé, la fuite devant tout contenu,
comme s'il s'agissait d'une limitation, est bien
ce à quoi la volonté se détermine ou la
possibilité qui, pour soi, est tenue par la
représentation pour la liberté elle-même.
Toutefois, ce n'est là que la liberté négative
ou la liberté de l'entendement. C'est la liberté
du vide, qui peut prendre une figure réelle et
devenir passion. Si elle reste purement
théorique, elle sombre dans le fanatisme
religieux de la pure contemplation propre aux
Hindous ; si, par contre, elle se tourne vers
l'action, que ce soit dans le domaine politique
ou dans celui de la religion, elle sombre dans
le fanatisme destructeur de tout ordre social
existant, dans l'élimination de tout individu
suspect de vouloir une certaine forme d'ordre,
dans le délire d'anéantissement de toute
tentative de réorganisation. Ce n'est que dans
la mesure où elle détruit quelque chose, que
cette volonté négative éprouve le sentiment de
son existence empirique. Elle croit sans doute
qu'elle veut un état positif, par exemple un
état d'égalité universelle ou de vie religieuse
universelle, mais, en fait, elle ne veut pas la
réalité positive de ces états ; car celle-ci
conduit à l'établissement d'un ordre quelconque,
qui comporte une particularisation aussi bien
des institutions que des individus. Mais c'est
de la destruction de cette particularisation et
de cette détermination objective que la liberté
négative tire la conscience de soi. C'est
pourquoi, ce qu'elle croit vouloir ne peut être,
pour soi, qu'une représentation abstraite et la
réalisation de celle-ci que la fureur de la
destruction.
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Dans la mesure où dans le besoin social, comme
liaison du besoin immédiat ou naturel et du
besoin spirituel de la représentation, c'est ce
dernier qui est universel et devient donc
prépondérant, il y a dans ce moment social le
côté libérateur dans lequel la rigoureuse
nécessité naturelle du besoin est occultée, et
où l'homme se rapporte à son opinion, qui est
ici opinion universelle, et à une nécessité qui
n'existe que de son fait : au lieu de rapporter
sa conduite à une contingence uniquement
extérieure, il la rapporte à une contingence
intérieure, à l'arbitraire de son choix.
Remarque : l'idée que dans un prétendu état de
nature où il n'aurait que des besoins naturels
prétendument simples et emploierait uniquement
pour les satisfaire les moyens qu'une nature
contingente lui fournirait immédiatement,
l'homme vivrait en liberté pour ce qui concerne
les besoins, est — même si nous faisons
momentanément abstraction du moment de
libération que comporte le travail, sur lequel
nous reviendrons ultérieurement— le produit
d'une opinion erronée, parce que ce besoin
naturel, en tant que tel, et sa satisfaction
immédiate ne seraient jamais que l'état où la
spiritualité est enfoncée dans la nature, un
état fruste et non libre, alors que la liberté
ne peut résider que dans la réflexion en
soi-même de l'élément spirituel, dans sa
différenciation d'avec ce qui est naturel et sa
projection en retour sur cette nature.
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